Suisse centrale

Une Landsgemeinde pour le climat

Les Médecins en faveur de l’environnement montent sur l’Aelggialp pour mobiliser la société civile face à l’urgence climatique. Ils déplorent l’inertie politique actuelle

Mobilisation pour le climat en Suisse centrale! A l’occasion du 1er Août, plusieurs associations, dont les Médecins en faveur de l’environnement, organisent une Landsgemeinde non pas sur la prairie du Grütli mais sur l’Aelggialp, au-dessus de Sachseln (OW). Ils ont choisi le centre géographique de la Suisse pour rappeler que l’urgence climatique implique un changement radical de société.

L’endroit, certes symbolique, n’est pas facilement accessible: on n’y parvient qu’à la suite d’une randonnée à pied de trois à quatre heures. Sur cette alpe où paissent quelque 200 vaches, une centaine d’écologistes prêteront un serment particulier en ce jour de Fête nationale. «Nous voulons être un peuple de frères et sœurs qui, face aux nouveaux dangers, s’engagent pour retrouver une liberté nouvelle dans la modestie afin d’éviter de devenir des esclaves du gaspillage.»

Le soleil roi

Ce genre de manifestation n’est pas vraiment nouvelle, rappelle Toni Reichmuth, l’un de ses initiateurs. En 1993 déjà, quelque 200 femmes et hommes s’étaient rassemblés sur l’Aelggialp en réclamant la fin du recours aux énergies fossiles. Dans la foulée, les Médecins en faveur de l’environnement et une association sœur qui se bat pour sortir du nucléaire ont repris le symbole pour participer au lancement de deux initiatives populaires, dont celle pour l’introduction d’un centime solaire à prélever sur les énergies non renouvelables. L’initiative est rejetée à une majorité de 67% par le peuple en 2000.

«Nous étions trop en avance», constate aujourd’hui Toni Reichmuth (67 ans), un grand-père qui se dit bouleversé lorsque ses petits-enfants lui confient «qu’ils n’ont pas d’avenir». Un quart de siècle plus tard, la situation s’est aggravée, ainsi qu’en témoigne le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). «Nous avons perdu une génération. Malgré l’urgence climatique, c’est l’inertie sur le plan politique et surtout économique», déplore Toni Reichmuth.

«Réinventer la démocratie»

C’est dans ce contexte que les Médecins en faveur de l’environnement appellent la population civile à débattre lors d’une Landsgemeinde. Car si les politiciens tardent à prendre des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique, l’espoir repose sur elle. L’Association suisse pour la protection du climat, qui exige que la Suisse s’affranchisse des énergies fossiles à l’horizon 2050, a déjà recueilli 85 000 signatures. Les jeunes bougent aussi. En Suisse alémanique, ils sont 1500 à s’être engagés à ne pas prendre l’avion en 2020.

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Parmi les Romands qui feront le déplacement sur l’Aelggialp, il y aura Thomas Guibentif. Cet ingénieur genevois de 27 ans, qui prépare un doctorat sur les politiques d’efficience énergétique, estime qu’il est temps de «réinventer la démocratie». Il est aussi membre du mouvement Extinction Rebellion – qui veut parvenir à la neutralité climatique en 2025 déjà – et de divers mouvements où les citoyens ont leur mot à dire. Celui qui a réalisé un tour du monde sans avion en 2016 et 2017 a traversé de nombreuses régions touchées par le réchauffement climatique. Il est donc grand temps selon lui de prendre des «mesures drastiques». «La Landsgemeinde sera l’occasion de débattre du dilemme suivant, déclare-t-il: soit nous choisissons maintenant le changement à apporter à notre mode de vie, soit nous le subirons.»

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