La personne qui succédera à Carlo Malaguerra à la tête de l'Office fédéral de la statistique (OFS) n'a toujours pas été désignée, alors qu'elle devrait entrer en fonction début 2002. Est-ce la preuve d'un malaise? Ruth Dreifuss peine-t-elle à trouver l'oiseau, ou plutôt l'oiselle, rare? Il lui faudrait en effet choisir, pour bien faire, une femme tessinoise. Car avec le départ de Carlo Malaguerra, il n'y a plus de Tessinois chef d'office, pas plus qu'il n'y a d'ailleurs de femmes, à l'exception de Patricia Schulz à la tête du Bureau fédéral de l'égalité. Elle a certes les droits et les compétences d'une cheffe d'office, mais ses troupes sont encore bien maigres avec 10 postes pour 360 à l'OFS.

Au Département fédéral de l'intérieur (DFI), Andrea Arcidiacono affirme qu'il n'y a pas de malaise. Le tri final entre les candidats est à bout touchant, et la décision «devrait» tomber avant Noël. Cinquante personnes ont postulé. Si la décision tarde, c'est en raison des différentes phases de ce choix. Les candidats retenus ont en effet été soumis à une évaluation touchant à leur capacité de conduire une équipe. «Dans un office de cette importance, il ne suffit pas d'avoir des compétences techniques, il faut aussi avoir des qualités de rassembleur, auxquelles doit encore s'allier une bonne connaissance de la gestion. Si bien que les critères «femme» et «latin» ne sont pas les principaux retenus. Même si Ruth Dreifuss y tient», explique-t-il.

Le DFI refuse fermement de donner toute indication sur les candidats avant que la décision ne tombe. On sait toutefois que les vice-directeurs Werner Haug, Heinz Gilomen et, «last but not least», Brigitte Buhmann, sont dans la dernière sélection. Les candidats extérieurs au sérail restent pour l'instant bien camouflés.

La Confédération s'attache cependant à promouvoir la nomination de femmes à des postes de direction. Elle a exigé que leur présence s'accroisse de 5% entre 2000 et 2003 pour passer à 16,7%. En ce qui concerne les minorités linguistiques, l'esprit est le même bien que les objectifs ne soient pas aussi clairs, comme le déplore Isabelle Aubry, qui s'occupe de la promotion du plurilinguisme dans l'administration fédérale. Elle constate ainsi que les Tessinois sont largement sous représentés, avec 15 cadres supérieurs dans l'administration sur 432.

L'association Helvetia Latina, qui œuvre pour que les minorités linguistiques soient représentées au sein de l'administration fédérale, tire d'ailleurs la sonnette d'alarme (lire ci-dessous). Il s'agit pour ses membres, tous des parlementaires fédéraux et des représentants de la fonction publique, de favoriser une promotion latine dans les postes où se construit la Suisse de demain, là où naissent concepts et idées.

Pas un poste clé

Dans ce sens ils ne tiennent pas la direction de l'OFS pour un poste clé: «Il est important, mais n'impose pas de réflexion en profondeur sur l'avenir du pays», explique le conseiller national François Lachat (PDC/JU), président d'Helvetia Latina. Il souhaiterait bien sûr que cette fonction revienne à une personne latine, mais pas au détriment d'un poste plus important du point de vue stratégique.

Malgré cette analyse, François Lachat considère comme «problématique» l'absence totale des Tessinois à la direction des offices fédéraux. Il relève encore que, si elle en a la possibilité, Ruth Dreifuss privilégiera une candidature féminine et latine. Et admet qu'il serait «terriblement déçu» si ce n'était pas un ou une Latin(e) qui obtenait la direction de l'OFS.