Réseau ferroviaire

Une ligne transfrontalière renaît

Abandonnée en 1992, la ligne Delle-Belfort, au nord du Jura, sera remise en service ce dimanche. Elle le doit en partie au TGV

«Ailleurs en France, on ferme les lignes. Nous, on les rouvre.» Présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay est ravie de la réhabilitation, après vingt-six ans d’inactivité, de la voie ferrée Delle-Belfort qui, à la frontière jurassienne, fait de Delle, 5800 habitants, une «gare internationale». L’histoire de ces 22 kilomètres n’est pas banale. Elle est rythmée par les grands événements qui ont marqué le continent européen.

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Le développement du rail est lié à l’essor industriel du milieu du XIXe siècle. L’idée d’une liaison reliant le bassin industriel de Belfort-Montbéliard à la Suisse et à l’Italie date de cette époque. L’annexion de l’Alsace par la Prusse en 1870 va doper sa réalisation, l’axe Strasbourg-Bâle faisant désormais partie de l’Empire allemand. La ligne Belfort-Delle est ouverte en 1873.

Victime du déclin industriel, elle est abandonnée en 1992. Mais une poignée d’irréductibles cheminots continuent d’entretenir ces 22 kilomètres. Grâce à ces débroussailleurs bénévoles, l’infrastructure n’a jamais été ensevelie sous la végétation. Le développement du TGV Rhin-Rhône va lui permettre de renaître. La gare TGV de Belfort-Montbéliard est prévue à Meroux, à l’intersection de l’ancien tracé Delle-Belfort. Or, la Suisse, qui a décidé d’investir 1 milliard dans son raccordement au réseau européen à grande vitesse – dont 100 millions pour le TGV Rhin-Rhône –, ouvre sa bourse: elle financera 28 des 124 millions que coûte la réouverture du tracé abandonné en 1992.

Convaincre les pendulaires

La ligne restaurée a été inaugurée jeudi. Dès ce dimanche 9 décembre, dix RegioExpress CFF relieront chaque jour Bienne, Delémont, Porrentruy, Delle et Meroux TGV et six compositions SNCF effectueront le parcours Belfort-Meroux TGV-Delle, avec correspondance pour la Suisse.

Il s’agit désormais de convaincre les quelque 10 000 pendulaires français qui se rendent quotidiennement dans le Jura de «s’évader de leur captivité modale», c’est-à-dire de la voiture, espère le président du gouvernement jurassien, David Eray. Le canton du Jura a pris des mesures incitatives complémentaires. Il a mis en consultation un projet qui vise à limiter l’emprise au sol des places de stationnement pour les nouvelles constructions. La nouvelle liaison peut aussi favoriser les échanges entre la Haute Ecole Arc et l’Université de technologie Belfort-Montbéliard (UTBM), qui se trouve à proximité de la gare TGV. «Nous avons déjà de fréquents contacts. Ce sera un avantage si nous pouvons utiliser le train», confie au Temps la directrice de la Haute Ecole Arc, Brigitte Bachelard.

La mise en service de cette ligne servira aussi d’étalon pour la collaboration entre les CFF et la SNCF en vue de la mise en service du CEVA dans un an, de la modernisation du «train des horlogers» Besançon-La Chaux-de-Fonds et du projet de voie ferrée entre Bâle et l’Euroairport.

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