Éditorial

Une loi sans avenir

ÉDITORIAL. Alors qu’un projet de loi vient d’être lancé, l’avenir de la presse écrite est plus qu’incertain face au manque d’innovation du monde politique

C’était le 30 octobre dernier à Berne. Dans un rapport évoquant trois scénarios pour l’avenir de la presse, la Commission fédérale des médias (Cofem) avait brisé un tabou. Elle avait lancé l’idée de la création d’une fondation indépendante décidant d’une aide directe aux médias selon des critères journalistiques précis, notamment en termes de qualité et d’éthique. Et l’un des membres de cette commission n’était pas n’importe qui: Markus Spillmann, l’ex-rédacteur en chef de la très libérale NZZ!

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de loi qui oublie la presse écrite

Ce jour-là, on s’était pris à espérer que cette proposition audacieuse constituerait une piste de réflexion pour Doris Leuthard et son Office fédéral de la communication (Ofcom), dont on savait qu’ils préparaient la nouvelle loi sur les médias électroniques. Or celle-ci, désormais mise en consultation, déçoit les attentes.

Car l’heure est grave. On s’aperçoit aujourd’hui que la mort de L’Hebdo en février 2017 n’était que le triste prélude à d’autres enterrements. Ce printemps, la faillite de l’agence de publicité Publicitas a sonné le glas du Giornale del Popolo. Quant au Matin, il disparaîtra le mois prochain dans sa version imprimée. Mais il n’y a pas qu’eux. Tous les titres souffrent de la chute des recettes publicitaires.

Dans ce contexte, la ministre de la Communication ne peut pas uniquement se réfugier derrière l’absence de bases légales pour ne rien faire, ou si peu. Le malaise commence dans l’esprit de la loi, qui continue de faire la différence entre les médias électroniques et les autres, ceux qui sont nés sur le papier. Or ces derniers – dont Le Temps, récompensé en 2017 à Washington par un prix prestigieux pour son offre journalistique en ligne – ont amorcé leur mue depuis plusieurs années. Ils sont déjà devenus des acteurs du paysage numérique. C’est le bon journalisme qu’il faut soutenir, et non le vecteur du contenu.

Dès lors, on attend du monde politique qu’il fasse preuve de davantage de créativité que Doris Leuthard et l’Ofcom. L’idée d’un fonds à l’innovation et à la recherche qui permettrait d’aider aussi la presse de tradition écrite à relever le défi de la révolution numérique est une piste à creuser, quitte à devoir créer une base légale. Si ce n’est pas possible, alors il faudra pousser la SSR et les privés à dépasser leurs contentieux de jadis pour unir leurs compétences bien plus qu’aujourd’hui, car leurs véritables concurrents sont en Californie, et non en Suisse.

Il est urgent de lancer ce débat sans œillères idéologiques. On ne peut pas louer la démocratie directe et laisser dépérir des médias qui en constituent un pilier essentiel.

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