Jean-Michel Cina fait des miracles. Après avoir mis le feu à la république avec son moratoire sur la vente de résidences secondaires aux étrangers, le conseiller d'Etat chargé de l'Economie réussit, avec la mise en consultation de sa nouvelle loi sur le tourisme, à réconcilier l'eau et le feu. Contre lui.

C'est ainsi que, hier soir, réunis dans une cave de Saint-Pierre-de-Clages pour un débat à l'initiative de l'Union des indépendants (UDI), l'ancien conseiller d'Etat socialiste Peter Bodenmann, devenu hôtelier, et le médiatique promoteur de Veysonnaz et gourou du PDC Jean-Marie Fournier - le rouge, donc, et le noir de noir - ont dit le mal qu'ils en pensaient. Accompagnés dans leurs nombreuses réserves par le troisième homme du débat, Patrick Bérod, président de l'Association des hôteliers valaisans, et député radical suppléant.

Un Valais, neuf régions

L'objet du délit prévoit de découper le Valais touristique en neuf régions, avec, comme critère minimum, un budget de 5 millions et 1,5 million de nuitées. Des régions transformées en SA, rattachées à une marque et qui seront à 50% propriétés des communes.

L'autre grande nouveauté est le maintien des taxes d'hébergement pour les seuls hôtels et campings, alors que les résidences secondaires feront désormais l'objet d'une taxation basée sur la valeur fiscale. Au total, 30 millions supplémentaires pourraient être dégagés, dont 10 puisés dans le budget ordinaire du canton, et mis à disposition de la promotion touristique: 10 millions pour une nouvelle société - Valais Promo -, chargée de vendre la marque Valais, et 20 millions pour les nouvelles régions touristiques.

Peter Bodenmann s'en est pris naturellement au maintien de la taxe d'hébergement pour les hôtels et les campings, et surtout au fait que son montant pourra être fixé par les autorités communales. Avec un maximum de 8%, alors qu'il est aujourd'hui de 2,5%: «On assiste à une étatisation et une politisation du tourisme: ceux qui travaillent sont obligés de payer mais n'ont pas le droit de décider.»

Pour l'ancien conseiller d'Etat, les présidents de commune vont utiliser cet argent à tout, «pour les élections par exemple, mais jamais pour la promotion touristique». Jean-Marie Fournier, sur ce point, est d'accord: «Je paie, tu décides, même en politique on n'a jamais vu un principe pareil.»

Une affaire de moyens

Divergences il y a quand même eu: Jean-Marie Fournier estime que la problématique de la taxe de séjour est «secondaire», «des comptes d'apothicaire», et trouve même dans la foulée un grand mérite à la loi: «Tout est affaire de moyens. Il peut arriver qu'un type trouve une idée géniale pour faire venir les touristes dans nos stations. Mais dans 99% des cas, une promotion efficace dépend des moyens, et la nouvelle loi nous en donne davantage que l'actuelle.»

Des moyens! Venus de l'Etat et de l'impôt... Le monde se met un instant à tourner à l'envers: Bodenmann le libéral contre Fournier l'étatiste. En revanche, l'homme de Veysonnaz rejoint celui de Brigue pour douter de l'efficacité des neuf régions: «On ne voit pas à quoi servent les structures intermédiaires. La destination «Cœur du Valais» n'a pas amené une seule nuitée à Veysonnaz. On ne va pas boire un verre ni dormir à Cœur du Valais.»

Bodenmann, avec l'appui de Patrick Bérod, nuance quand même, en expliquant que les régions touristiques peuvent être une bonne chose à condition que les communes qui ne seraient pas satisfaites des prestations puissent à en sortir.

A l'heure des questions, l'un des vétérans des hôteliers de Crans-Montana, Amédée Duc, prononce un aveu qui lui coûte: «Malgré toute l'estime que j'ai pour vous, je dois vous dire, monsieur Fournier que je suis totalement d'accord avec l'ancien conseiller d'Etat Bodenmann.» Oui, décidément Jean-Michel Cina est très fort. A moins que ce ne soit simplement le corporatisme.