C'est une jeune fille de la campagne, qui porte sur son visage l'innocence de sa jeunesse. Un visage, aux joues naturellement fardées, rehaussé par une longue chevelure blonde. Sa voix est douce, et on l'imagine volontiers courant à travers champs sous le regard attendri de son père. «Mon père était homme au foyer. C'est ma mère qui partait le matin au travail. J'ai appris dès ma plus tendre enfance ce que le mot différent voulait dire.»

C'est avant tout cette marginalisation précoce qui a amené Sarah Müller à faire de la politique. A 19 ans, elle entre à la Jeunesse socialiste suisse (JS) parce qu'elle en a assez de vivre chaque votation comme un revers. «J'étais frustrée. J'ai eu envie de m'engager pour faire bouger les choses.» Elle préférera finalement les socialistes aux Verts, les derniers étant trop confinés dans leur combat politique. «J'avais une fibre écologiste, mais la politique sociale m'intéressait tout autant.»

Aujourd'hui, c'est pour le secteur de l'éducation que Sarah Müller se bat avant tout. Elle fait partie des auteurs de l'initiative demandant davantage de places d'apprentissage et s'apprête à entamer un nouveau cursus: la formation d'adultes. Cette école s'ajoutera à son apprentissage de bibliothécaire, une profession qu'elle n'a exercée qu'un an. «Les livres sont ma passion. Je m'enivre de littérature pour remplir mon esprit de fantaisie. J'en ai d'autant plus besoin depuis que je suis engagée en politique.»

Après quatre ans passés à la tête de la JS, cette Zurichoise de 25 ans devrait passer la main à la fin de l'année, ce qui lui laissera du temps pour sa nouvelle formation. «Après quatre ans, il faut du sang neuf. Je l'ai toujours dit.» En tant de secrétaire centrale de la JS, Sarah Müller est employée et payée à 70% par le Parti socialiste suisse (PS). «Mais les jeunes socialistes constituent une entité différente et complètement séparée du PS», précise-t-elle d'emblée. Avant d'ajouter: «Il faut néanmoins être membre du PS pour être à la tête de la JS. C'est la seule condition. Les six autres membres du bureau n'y sont en revanche pas tenus.» Mais Sarah Müller assure qu'en quatre ans d'activité, on n'a jamais cherché à l'influencer. «Le PS n'a de toute façon aucun intérêt à museler sa jeunesse: elle offre au parti les stimuli nécessaires pour éviter qu'il ne s'ankylose.» Un avis que partage le conseiller national Andreas Gross, qui présida la JS de 1979 à 1983. «Cette formation doit constituer une pépinière d'idées pour mieux pouvoir secouer le parti.»

Les jeunes socialistes ne se sont d'ailleurs pas privés d'utiliser ce levier, n'hésitant pas à contrecarrer leurs aînés chaque fois qu'ils l'ont jugé nécessaire. Ils se sont ainsi opposés au mouvement de libéralisation qui souffle sur les régies fédérales; ils se battent pour la suppression de l'armée et revendiquent une politique d'emploi plus active. Mais pour Andreas Gross, cette jeunesse n'est toujours pas assez pugnace. «Davantage pragmatiques, les jeunes ont perdu de leur utopie», constate le Zurichois.

Malgré sa stature gracile et ses airs de madone, Sarah Müller ne semble prête à faire aucune concession. Au fil des ans, elle a montré qu'elle savait faire preuve de fermeté. Elle a appris à parler en public, à donner la réplique et à connaître ses dossiers. «J'ai acquis énormément de connaissances au cours de mon mandat. Et à l'inverse de ce que je croyais, mon entrée en politique ne m'a pas conduite à assouplir mes positions. Bien au contraire: mon expérience m'a permis de les renforcer.»

Sarah Müller est la première femme à prendre les rênes de la JS. En plus de cent ans d'existence, cette formation n'avait placé à sa tête que des représentants de la gent masculine. «Comme ailleurs, les femmes hésitent à occuper des fonctions cadres. C'est dommage, car elles sont de nature plus conciliante», estime-t-elle. Elue à la suite d'un combat acharné entre marxistes et réformistes, elle se dit aujourd'hui satisfaite de voir que le clivage entre ces courants divergents s'est atténué. Une victoire qu'elle revendique.

Ce portrait est le deuxième de notre série consacrée aux présidents des jeunesses des partis gouvernementaux.

Le premier est paru le 24 août. Prochain article: «Le cœur du président des Jeunes UDC

balance entre le chanvre et la politique»