S'appuyant sur l'article 5 de la Constitution cantonale adoptée en 1993, les autorités bernoises ont voté, en janvier 1994, la loi sur le renforcement de la participation politique du Jura bernois. Présentée à l'époque comme un instrument avant-gardiste, susceptible de prendre en compte les aspirations de la minorité francophone, la loi prévoit que le Conseil régional, qui réunit les députés et les préfets du Jura bernois et de la Bienne romande, soit consulté sur tout objet touchant à la région. Six ans après, la mesure est jetée aux orties: à la question «Etes-vous satisfait du statu quo?», 80% des maires et des conseils communaux (exécutifs) du Jura bernois et du district de Bienne répondent par la négative.

Parce que la loi exige que «la composition du Conseil régional soit revue après quatre ans», mais aussi pour contrer les velléités séparatistes de Moutier et la constitution du groupe Avenir, le gouvernement a demandé au Conseil régional, en 1998, de mener une réflexion sur l'«autonomisation progressive» de la région. Pour sauvegarder ses privilèges, une majorité de députés et de préfets ont opté pour un «Conseil régional amélioré», manquant singulièrement d'audace. Le mandat gouvernemental prévoyait ensuite que la Conférence des maires donne son appréciation.

Aiguillés par des leaders comme Jacques Hirt (La Neuveville), Claude-Alain Voiblet (Reconvilier), Stéphane Boillat (Saint-Imier) et Maxime Zuber (Moutier), tous progressistes et membres du groupe Avenir, les maires ont sondé leurs exécutifs locaux. Seulement 13,2% des trente-sept communes qui ont répondu (sur 48) soutiennent le modèle du Conseil régional; 68,4% optent pour la solution plus novatrice du groupe Avenir, exigeant un parlement régional de 30 membres et un gouvernement de 3 ou 5 personnes élus au suffrage universel, confirmant l'information donnée en primeur par Le Temps le 24 août.

Avant la consultation, certains observateurs craignaient que le Jura bernois ne se déchire, le district de Moutier soutenant les modèles audacieux, celui de Courtelary étant plus proche du Conseil régional. Le résultat montre que l'ensemble du Jura bernois réclame une large autonomie, les cinq communes alignées derrière le Conseil régional se trouvant dans les trois districts. L'une d'elles, Sonceboz, a voté à la fois pour le Conseil régional et le groupe Avenir, son exécutif étant divisé, la majorité en faveur d'Avenir ne s'étant faite que pour une voix. Toutes les grandes communes (Moutier, Saint-Imier, La Neuveville, Tavannes et Reconvilier) ont choisi l'option de l'autonomie forte.

Des exigences

Autre question sensible: les députés et préfet biennois francophones doivent-ils faire partie de l'institution du Jura bernois? Le Conseil régional le souhaite; 62% des exécutifs communaux répondent par la négative. Les maires préfèrent que le district de Bienne obtienne lui aussi un statut particulier, afin de défendre son bilinguisme (Le Temps du 23 août). La Conférence des maires que préside Jacques Hirt conclut que l'option du Conseil régional «n'est pas satisfaisante» et exige que ce conseil «revoie fondamentalement son choix».

«La consultation est une bonne surprise», commente Maxime Zuber, maire de Moutier, ajoutant qu'«une unité se dégage dans la région pour revendiquer un statut nettement amélioré».