Les résultats semblent clairs et nets. Dans l’hypothèse d’une future votation, qui donnerait le choix entre la mise en œuvre de l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse et le sauvetage des relations bilatérales, deux tiers des votants pencheraient vers cette seconde option. «La volonté d’accorder la priorité aux accords bilatéraux est particulièrement élevée chez les sympathisants de la gauche et du centre», précise Pascal Sciarini, directeur du département de science politique de l’Université de Genève.

Cette question a été posée par les chercheurs genevois dans le cadre de l’analyse Vox des dernières votations fédérales, effectuée avec l’Institut Gfs. En marge de l’analyse des votations du 28 février, les politologues ont voulu tester la préférence des votants face à un dilemme qui a une forte probabilité de se poser en 2017: vaut-il mieux mettre en œuvre de manière stricte le nouvel article constitutionnel sur la gestion de l’immigration avec des contingents, un mécanisme de préférence nationale ou une clause de sauvegarde unilatérale, quitte à contrevenir à la libre circulation des personnes et à voir résilier les accords bilatéraux ou vaut-il mieux préserver ces derniers, avec une application souple de l’article 121a?

Le rôle de la confiance

L’analyse Vox met en lumière un autre élément dans la perspective d’un futur scrutin: parmi ceux qui ont accepté l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse en février 2014, un tiers donnerait la priorité aux accords bilatéraux s’ils étaient placés face au dilemme. «C’est important car ce sont eux qui feront la différence au moment du vote», indique Pascal Sciarini. La propension à privilégier les bilatérales est plus élevée parmi les personnes qui font confiance au Conseil fédéral: «Ce résultat comporte un message à l’intention du gouvernement: dans le cadre d’une future votation, son rôle, son leadership et sa crédibilité seront décisifs», juge le politologue.

Le positionnement politique des votants influence fortement leur choix. Les sympathisants de gauche sont les plus favorables au maintien des bilatérales, suivis ceux de la droite modérée.

Evolution des votants PLR

S’agissant du vote du 28 février 2016, le rejet à 58,9% de l’initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels» a «évité de compliquer la situation avec l’Union européenne», analyse Pascal Sciarini. Depuis 2010 et le vote sur la première initiative de renvoi, les sympathisants du PLR ont évolué: cette fois, ils ont nettement rejeté le texte de mise en œuvre. Il en va de même pour les votants sans préférence partisane.

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En février dernier, la participation (63%) prouve que la portée de l’enjeu a été parfaitement comprise: l’initiative de renvoi a été considérée comme «presque aussi importante que l’initiative contre l’immigration de masse de février 2014», selon l’analyse Vox. Les jeunes, en particulier en Suisse alémanique, se sont fortement mobilisés: globalement, la participation des 18-29 ans s’est montée à 50%, confortant la thèse d’une influence déterminante de la société civile pour mettre en échec l’UDC. En Suisse alémanique et au Tessin surtout, les différences de participation entre les jeunes et les votants âgés sont ainsi bien plus faibles que d’habitude.

Sur trois objets soumis au vote le 28 février (l’initiative sur le renvoi des étrangers criminels, celle du PDC sur la fiscalité des couples mariés, ainsi que la réfection du tunnel routier du Gothard), la majorité des votants a estimé que le choix était plutôt facile à faire. Seule la décision sur l’initiative contre la spéculation sur les denrées alimentaires leur a donné du fil à retordre.

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