Cela valait bien une inspection. Le Forum économique de Davos étant, cette année, le plus important engagement de l'armée suisse après celui du mois de juin à l'occasion du G8 qui se tiendra à Evian, le ministre de la Défense Samuel Schmid se devait de rendre visite à ses troupes. Il s'est acquitté de cette tâche, vendredi, avec un plaisir non dissimulé. «C'est une de ses obligations préférées, glisse, en début de matinée, l'un de ses proches collaborateurs; il dit toujours que ça lui rappelle l'époque où il était colonel dans l'infanterie.» Une bonne journée en effet. Mis à part un léger retard sur le programme parce que les conditions météo n'ont pas permis de se rendre en hélicoptère jusqu'à Davos, tout s'est déroulé comme sur des roulettes.

Attentif, toujours une question ou un compliment au bout des lèvres, Samuel Schmid a pu se convaincre que les 1500 militaires participant à l'opération s'étaient bien intégrés au concept de sécurité élaboré de concert avec la police cantonale grisonne et les services du World Economic Forum (WEF). Cette année, un effort particulier a d'ailleurs été fait pour renforcer cette collaboration: partout où cela était possible, les tâches sont assurées main dans la main par ces différentes instances. Le chef de l'état-major général Christophe Keckeis, dont c'était la première inspection en Suisse dans ses nouvelles fonctions de numéro un de l'armée, s'est quant à lui dit «très impressionné» par le sérieux des militaires, et plus particulièrement parmi les miliciens. «Franchement, commentait-il au cours de la visite de l'héliport VIP surveillé par ses troupes, je suis vraiment surpris en bien.»

Pour ces quelques jours, Davos est probablement le lieu le mieux gardé au monde. «Mais sans le soutien de l'armée, relève un responsable grison, cela aurait été impossible.» C'est que les 300 gardes-fortifications et les 1000 miliciens présents dans la vallée ont sorti des hangars tout ce qu'ils avaient d'équipement: lunettes et caméras infrarouges, radars mobiles, équipements de communication les plus pointus et même des moto-neige que l'on a pu entrevoir, pétaradant à toute vitesse à travers le paysage. Mieux: en plus du ballet des hélicoptères militaires, les oreilles averties pouvaient entendre, de temps à autre, le grondement des F/A-18.

Mais la principale attraction de la journée était sans conteste la mallette transportée par un officier ne s'éloignant jamais de plus d'une dizaine de mètres du conseiller fédéral. Celle-ci aurait pu passer inaperçue, mais son apparente lourdeur (renseignement pris, une quinzaine de kilos) et, surtout, la petite lumière verte que l'on pouvait distinguer sur l'une de ses faces, ne trompaient pas: il s'agissait bien du système qu'utiliserait Samuel Schmid en cas d'urgence pour donner l'ordre aux forces aériennes d'abattre un avion kamikaze (Le Temps du 7 janvier). «Il faut être conséquent, répond Samuel Schmid aux incessantes questions des journalistes, si l'on fait les choses, il faut les faire jusqu'au bout.» Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le conseiller fédéral prend sa nouvelle tâche très au sérieux. Il s'est même entraîné à la procédure durant des heures et des heures entre Noël et Nouvel An. Car Samuel Schmid doit réagir vite. En l'espace de quelques minutes. Pour ce faire, il a dû apprendre à maîtriser le langage aéronautique militaire pour éviter une trop lourde phase de traduction. Toutefois, l'officier qui ne le quitte plus d'une semelle depuis mercredi – un pilote de F/A-18 – sera là pour l'aider à évaluer la situation. Celui-ci se veut rassurant: «Samuel Schmid est «tip-top», nous étions même en dessous du temps à disposition lors de nos entraînements.»

Le vrai test de l'impressionnant système mis en place n'aura cependant lieu qu'aujourd'hui. C'est en effet ce samedi que la plus importante manifestation d'opposants au WEF est prévue. D'ailleurs, vendredi déjà, des militants anti-mondialisation affluaient de toute l'Europe. Mais hier soir, seul un manifestant identifié comme violent avait été refoulé à la frontière. «Ce que nous craignons malgré tout, confiait un policier zurichois présent à Davos, ce sont des débordements à la station ferroviaire de Fideris, où une inspection des bagages doit avoir lieu.» Même si les militaires ne sont concernés que de loin puisqu'ils ne sont pas censés entrer en contact avec les manifestants, Samuel Schmid a tenu à leur dire qu'il serait «de tout cœur» avec eux. Pris par d'autres occupations, il a lui-même renoncé à retourner à Davos ce samedi.