C’est une magistrate qui compte dans le canton de Berne. Barbara Egger-Jenzer, 54 ans, ancienne avocate, ministre socialiste des Travaux publics, des transports et de l’énergie depuis 2002. Son triomphe électoral en 2006 avait entraîné le basculement du Conseil d’Etat à gauche. Son vibrant plaidoyer contre la construction d’une nouvelle centrale nucléaire à Mühleberg, principe soumis au peuple bernois le 13 février, ne passe pas inaperçu dans une campagne très émotionnelle.

Officiellement, mardi, Barbara Egger-Jenzer a répété la position du Conseil d’Etat bernois, à tout le moins de sa majorité de gauche, qui clame depuis le printemps 2006 qu’il entend faire sortir le canton de Berne du nucléaire à moyen terme. Peut-être a-t-elle abusé de sa position, car le Grand Conseil, dominé par les partis bourgeois, est lui favorable, à 91 contre 53, à Mühleberg II. L’«importance majeure» du scrutin, bien qu’il n’ait qu’une portée consultative – «Pour la première fois à l’échelle d’un canton, la population est appelée à se prononcer sur la question d’une nouvelle centrale nucléaire», relève-t-elle –, justifie à ses yeux la possible entorse institutionnelle.

Entre autres arguments mêlant le rationnel, un soupçon d’ironie et sa forte conviction que l’avenir est au renouvelable, Barbara Egger-Jenzer a astucieusement surfé sur l’une des polémiques de la campagne. Il lui a été reproché d’avoir omis de mentionner, dans la brochure électorale, que la nouvelle centrale devra abriter, pour un temps au moins, les déchets qu’elle produit. La ministre s’est défendue: le contenu du dépliant officiel est de la responsabilité du Grand Conseil. Et personne, dit-elle, n’a jamais passé sous silence le fait que des déchets resteront quelques années en dépôt dans l’enceinte de la centrale.

En montant ce non-incident en épingle, Barbara Egger-Jenzer joue une carte peut-être décisive: celle de l’entreposage des déchets. «Ce débat confirme que les centrales comportent des dangers, en raison de la radioactivité et des déchets produits. Dès que le nucléaire est abordé non plus sous un angle général et abstrait, mais par le biais d’éléments concrets tels que les déchets et leur entreposage, il est moins bien accepté, et ce par tous les milieux.» Et d’asséner: «Les déchets radioactifs sont et resteront dangereux, qu’ils soient entreposés à Mühleberg, Würenlingen ou ailleurs.»

«Une technologie dépassée»

Fondamentalement, poursuit la magistrate, «la technologie nucléaire n’a pas d’avenir et aucune entreprise innovante ne misera sur une technologie dépassée». Elle note que «nous n’avons pas besoin demain de nouvelle centrale, mais au plus tôt dans vingt ans». Et qu’alors, «au rythme où vont les choses, qui sait où en sera la technologie? Qui aurait prédit, il y a vingt ans, ce que les téléphones portables, les ordinateurs et Internet permettent de faire aujourd’hui?» Pour elle, l’avenir, ce sont les énergies renouvelables. «Les spécialistes sont unanimes: nous sommes à l’aube d’une avancée technologique déclenchée par la hausse des prix de l’énergie et des matières premières.» Barbara Egger-Jenzer se dit persuadée que, «dans vingt ou trente ans, plus personne ne voudra acheter de l’électricité nucléaire parce que tout le monde produira du courant meilleur marché sur sa propre toiture».

Et de démonter, les uns après les autres, les arguments des partisans de Mühleberg II. La ministre est convaincue qu’une nouvelle centrale coûtera bien plus que les 7 à 9 milliards annoncés, constatant que «les centrales ne sont plus finançables aujourd’hui sans l’aide de l’Etat». Les 1300 emplois que Mühleberg II permettrait de conserver? «Une nouvelle centrale ne créera pas de postes nouveaux, alors que les énergies renouvelables généreront un grand nombre d’emplois.»

La droite bernoise a condamné ces propos: selon le Parti bourgeois- démocratique (PBD), dont Berne est un des bastions, la ministre socialiste a agi de façon «problématique» en ne défendant pas la position du parlement dans ce dossier.