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Une mini-Suisse en kit pour promouvoir le pays

La Swiss Mobile House sera inaugurée à Sotchi en 2014. Vendre l’image de la Suisse aux Jeux de la discorde: une gageure

Un fagot de bois. Des morceaux a priori indépendants, solidarisés par la volonté et le génie helvétiques. C’est sur cette métaphore de 730 m2 que mise Présence Suisse pour vendre l’image du pays aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, au bord de la mer Noire, en février prochain.

«Dans un monde où l’on communique de plus en plus par le virtuel, l’occupation de l’espace public a une dimension énorme», résume l’ambassadeur Nicolas Bideau, patron de Présence Suisse. Du 7 au 23 février, la Swiss Mobile House prendra ainsi ses quartiers au Parc olympique de la station russe, une zone sortie de terre pour l’occasion, qui regroupera tous les sites de sports de glace.

Contrairement à la Maison suisse installée au cœur de Londres lors des derniers Jeux d’été, la Swiss Mobile House sera itinérante. Après Sotchi, une partie de la maison sera installée à Milan en mai 2014, en vue de la participation de la Suisse à l’Exposition universelle de 2015. Et deux déploiements ultérieurs sont à l’étude: à Zurich en août 2014 pour les Championnats d’Europe d’athlétisme, et à Rio pour les Jeux d’été de 2016.

«Objet de diplomatie publique souple et créatif», cette maison, imaginée par les architectes zurichois Spillmann Echsle, n’est «ni un chalet, ni une structure postmoderne», poursuit Nicolas Bideau. Budgétée à 2 millions de francs, cette structure faite de petites maisons de bois superposées, maintenues par des sangles industrielles, espère attirer une partie du 1,2 million de visiteurs attendus au Parc olympique.

Emincé de veau à la zurichoise ou truite au bleu: le traiteur suisse de la reine d’Angleterre, Philippe Mosimann, sera à la manœuvre au Mountain Restaurant, centre du dispositif. Lequel doit aussi accueillir des événements spéciaux, à commencer par l’inauguration, d’ores et déjà confiée au futur président de la Confédération, Didier Burkhalter.

Plusieurs sponsors ont compris que cette vitrine au pays des oligarques était une aubaine. Genolier Swiss Medical Network, Holcim, Lindt & Sprüngli, la région de Saint-Moritz ou Parmigiani Fleurier ont notamment décidé de s’y associer.

Mais c’est bien la relation helvético-russe qui doit être le fil rouge de l’aventure. Le bicentenaire des relations diplomatiques d’abord – établie avant le Congrès de Vienne par Jean Capo d’Istria, alors ambassadeur du tsar – sera célébré dans les salons de la maison. La longue relation scientifique entre les deux pays, surtout, fera l’objet d’une exposition permanente. «Quand Pierre le Grand a créé l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, il y a 350 ans, il avait invité une centaine de scientifiques, dont neuf Suisses, rappelle Nicolas Bideau. En matière scientifique, le lien entre nos deux pays est solide. Il est incarné par le Genevois François Lefort, par exemple, créateur de la flotte impériale, ou par Jean-François de La Harpe, qui initia la famille du tsar aux humanités.» Trois siècles après Pierre le Grand, le projet S3 – pour Swiss Space Systems, la société payernoise qui ambitionne d’envoyer dans l’espace une navette lanceuse de satellites –, a été choisi pour illustrer l’actualité de cette coopération, puisqu’il a notamment été développé avec une université russe.

Alors que les défenseurs des droits de l’homme, à commencer par Amnesty International, dénoncent des Jeux olympiques qui «occultent les violations des droits humains» – promulgation de lois homophobes, interdiction du blasphème, limitation du droit de manifester –, «vendre» la Suisse aux Jeux de la discorde s’annonce périlleux, et Nicolas Bideau le sait. Rappelant que l’esprit olympique impose de «ne pas mélanger politique et sport», il précise que le Département des affaires étrangères (DFAE) «privilégie le dialogue bilatéral pour faire part de ses positions sur les sujets sensibles», mais assure que ces sujets sont évoqués «de manière claire et franche». Il ajoute que le DFAE communique «toutes ses positions sur la Russie à Swiss Olympic», et que les athlètes suisses connaissent ainsi «l’existence de notre dialogue sur les questions liées aux droits de l’homme».

Si, toutefois, une crise devait surgir pendant les Jeux – crise géopolitique ou coup d’éclat d’un athlète engagé –, le discours de Présence Suisse est prêt. Mais pas question d’entrer dans une logique de boycott, ni de se fâcher avec un partenaire commercial aussi important que la Russie. «Présence Suisse respectera la ligne qui consiste à éviter que le sport soit instrumentalisé, ce qui n’empêchera pas la Suisse de s’exprimer, le cas échéant», tranche Nicolas Bideau. Vous avez dit diplomatie?

«Les athlètes connaissent l’existence de notre dialogue avec la Russie sur les droits de l’homme»

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