Les jeunes hommes et femmes sont-ils à égalité face aux urnes? C’est ce que suggère une étude sur le comportement politique de 20 913 Zurichois entre 16 et 25 ans: les citoyennes exercent leurs droits civiques tout autant, voire davantage, que les citoyens. «Pour la première fois, en matière de participation politique, une génération sans fossé de genre grandit à Zurich», conclut le Département cantonal de la justice, qui a mandaté cette recherche.

C’est une constante depuis que les femmes ont le droit de vote: en moyenne, les hommes sont plus nombreux à se rendre aux urnes. A Zurich, lors de la votation du 7 mars dernier, chez les moins de 25 ans, ce fut l’inverse: les jeunes Zurichoises ont été plus nombreuses à voter que leurs concitoyens. Une tendance à un changement entre générations s’observe lorsqu’on regarde les statistiques cantonales pour la population générale, toujours pour cette même journée de votation: à 20 ans, la participation s’élève à 30,5% chez les Zurichois et 33,7% chez les Zurichoises. Elle reste plus élevée jusqu’à l’âge de 28 ans. Puis elle décline: à 60 ans, 51,1% des femmes votent contre 55,8% des hommes.

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Un effacement des inégalités qui s’explique d’une part par «l’impact de l’éducation», souligne le professeur en sciences politiques Lucas Leemann, qui a accompagné ce projet: les populations diplômées ont tendance à prendre part plus activement à la politique. Or il y a davantage de jeunes femmes au gymnase que dans les écoles professionnelles. Autre explication avancée par le spécialiste: l’évolution de la discussion sur le rôle des genres. Enfin, la présence de modèles: bien qu’elles ne représentent pas 50% des effectifs, les femmes sont nettement plus nombreuses en politique qu’il y a trente ans.

Vote sélectif

Cette étude réalisée par quatre étudiantes et étudiants de l’Institut de sciences politiques de l’Université de Zurich s’est donné comme objectif de comprendre le comportement électoral des jeunes, en particulier l’abstentionnisme, plus élevé chez les Suisses de moins de 25 ans qu’au sein de la population générale. «Il faut un certain temps avant qu’un comportement politique ne devienne une routine. Les jeunes, eux, ont tendance à voter de manière sélective, lorsqu’un thème les intéresse», relèvent les auteurs. La moindre participation des jeunes à la vie politique est connue. Ce que l’on sait moins en revanche, c’est comment inciter cette population à voter. Cette étude entend apporter quelques pistes.

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Les universitaires ont observé quatre facteurs à même d’influencer le comportement électoral: connaissance des thèmes, intérêts, usage des médias et participation. Premier enseignement: quelle que soit leur couleur politique, une majorité (40%) des jeunes Zurichois interrogés estiment que le climat est «la question la plus urgente» actuellement. Les jeunes femmes, elles, sont bien plus nombreuses que leurs concitoyens à citer l’égalité entre les sexes comme un enjeu central.

Plus étonnant: les médias traditionnels jouent un rôle au moins aussi important dans la constitution de leurs opinions que les réseaux sociaux: lorsqu’il s’agit de se former une opinion, les participants au sondage citent les journaux imprimés ou online et la TV avant Twitter et Facebook comme première source d’information. On observe des différences toutefois en fonction de la formation: près de la moitié des gymnasiens lisent des journaux établis, tandis que c’est le cas de seulement 20% des apprentis.

Pas assez de modèles

Autre surprise: l’existence d’un écart, très marqué, entre gymnasiens et apprentis: les jeunes réalisant des études supérieures sont trois fois plus nombreux à participer à la vie politique (75% contre 25% des personnes en formation professionnelle). «Je m’attendais à une différence, mais pas de cette ampleur», commente Lucas Leemann. Le professeur s’inquiète de ce fossé: «Dans la ville de Zurich, le 7 mars, parmi les jeunes, un électeur instruit avait trois fois plus de poids qu’un citoyen d’une école professionnelle. Si cette situation devait s’enraciner, elle constituerait un réel danger pour la démocratie. Lorsqu’un groupe ne peut plus s’intégrer dans la société, il perd progressivement le sens de la vie politique et est plus enclin à rejeter les décisions des dirigeants.»

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Qu’est-ce qui empêche une grande partie de la jeunesse de prendre davantage part à la vie politique? Pour répondre à cette question, un tiers des jeunes interrogés évoquent leur «incompétence», en majorité les gymnasiens. Les apprentis auront tendance à justifier l’abstention par un désintérêt vis-à-vis des thématiques soumises au vote, «une information pas assez compréhensible» ou «un processus de vote trop fastidieux». «Souvent, ils estiment que les sujets de débat n’ont que peu d’impact sur leur existence», observe le politologue.

Au vu de ces résultats, le plus grand potentiel d’amélioration de la participation se trouve chez les apprentis. C’est donc surtout dans les écoles professionnelles qu’il faudrait cibler les campagnes d’incitation au vote, relèvent les auteurs de l’étude. La plupart des jeunes interrogés dans le cadre de cette étude disent souhaiter une meilleure formation civique durant leurs études. Ils regrettent aussi le manque de modèles: les moins de 25 ans se sentent sous-représentés. «La plupart du temps, les élus sont plus âgés que leurs propres parents. C’est difficile de s’identifier à des figures qui nous ressemblent si peu.»

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