Peter Furger ne craint pas de l'affirmer, il est fier du travail accompli: «Il y a seulement deux ans, personne ne voulait investir dans la Société des remontées mécaniques de Crans-Montana-Aminona. Mais cette année, nous avons pu nous déterminer entre trois variantes pour finir d'assainir notre situation financière.» Administrateur-délégué depuis 2001 de la «CMA», ce stratège de l'industrie touristique alpine vivra ce samedi une journée cruciale. Cruciale pour les six communes du Haut-Plateau (Icogne, Lens, Chermignon, Montana, Mollens et Randogne), mais aussi pour le canton du Valais.

Car ce matin à Chermignon-Dessus, le conseil d'administration de la CMA proposera à l'assemblée générale de ses actionnaires la troisième «et dernière» étape – dixit Peter Furger – du programme d'assainissement financier de ses remontées mécaniques. En écho calculé à la polémique qu'avait provoquée l'entrée de la très française Compagnie des Alpes dans le capital de Téléverbier puis de la société de Saas Fee, la solution préconisée à Crans-Montana est dite «valaisanne». La part de mystère aura été maintenue jusqu'au bout puisque l'identité des investisseurs qui garantissent ce «label» ne sera dévoilée que ce matin. La souscription à l'augmentation du capital-actions sera lancée du même coup.

Compagnie des Alpes écartée

Peter Furger insiste: issu de négociations serrées avec les banques, à commencer par UBS mais aussi Credit Suisse et la Banque Cantonale Valaisanne, le nouveau plan d'assainissement répond à une réflexion sur le long terme. Après la fusion des remontées mécaniques du Haut-Plateau en 1999, les premiers sacrifices des communes et des banques, ajoutés à une compression des dépenses de personnel, avaient déjà permis de réduire une dette bancaire de 78 millions en 1998 à 55 millions en décembre 2002. Désormais, il s'agissait de trouver des partenaires capables d'assumer leur part d'un investissement sur dix ans chiffré à 70 millions pour le renouvellement d'installations obsolètes.

Dans cette perspective, la Compagnie des Alpes, qui avait renoncé à une prise de participation en 2001, a souhaité cette année faire son entrée dans la CMA par l'entremise de sa nouvelle filiale suisse, Swissalp. Apprenant que son offre avait été écartée, elle n'a ces derniers jours pas épargné ses critiques aux Valaisans, leur reprochant vendredi encore sur les ondes de la Radio suisse romande une «forme de nationalisme» renouant avec les «errements anciens».

Peter Furger réfute ces attaques: «Nous avons cherché le meilleur investisseur pour la région. Habitant dans cette ville industrielle qu'est Viège, je sais à quel point il est important de garder des centres de décision proches.» Outre ces nouveaux partenaires «valaisans» qui apporteront 5 millions, les grandes lignes du programme d'assainissement sont les suivantes: à parts égales, les banques et les communes renoncent au total à 20 millions de dettes et transforment 6 millions de prêts en capital-actions; l'objectif étant une augmentation globale du capital-actions de 13 millions, la part à trouver dans le privé est de 7 millions; si ce dernier apport n'était pas atteint, les communes se sont engagées à venir à la rescousse pour un montant plafonné à 3 millions; dès lors, la part au capital des communes qui est actuellement de 67% tombera entre 30 et 40%.

Si l'assemblée des actionnaires accepte ce plan, les électeurs des six communes du domaine de Crans-Montana devront se prononcer en octobre. Après être déjà passés à la caisse en 2001, ils pourraient rechigner, au risque d'une faillite. Mais Peter Furger est confiant: «Le climat sur le Haut-Plateau a profondément changé. Avec un regain de confiance dans la CMA, la volonté de collaboration s'est affermie. Sur cette base, Crans-Montana pourra redevenir un moteur du tourisme valaisan.»