«Bill Clinton à Genève? Ce n'est pas secret! Mais nous nous sommes entendus avec le bureau de l'ancien président américain pour que tout ce qui entoure sa présence à notre soirée de gala reste confidentiel.» Itzik Lev, en charge de la mise sur pied du banquet de l'association juive Keren Hayessod du 14 décembre, n'en dira pas davantage sur les modalités de la venue du prestigieux orateur à l'Hôtel Président-Wilson de Genève. «Bien sûr, l'arrivée de l'ex-premier homme des Etats-Unis à l'aéroport et sa descente à l'hôtel ne passeront pas inaperçues, mais sa venue s'inscrit dans un cadre privé.»

Les services de sécurité genevois ne devraient pas être pris au dépourvu. Car les visites de Bill Clinton dans la Cité de Calvin tournent presque à la routine: «Il était encore là il y a deux ou trois semaines», fait remarquer Itzik Lev. Et tout le monde à Genève se souvient des visites officielles du président, en juin 1999 dans le cadre des travaux de l'Organisation mondiale du commerce, puis en mars 2000 pour rencontrer le Syrien Hafez El Assad. Sa femme Hillary et sa fille Chelsea avaient saisi l'occasion pour profiter elles aussi des charmes de Genève.

L'organisation non gouvernementale Keren Hayessod n'en est pas à son coup d'essai en matière d'invités de haut rang. Avant Bill Clinton, c'est le vice-président et candidat démocrate à sa succession, Al Gore, que l'antenne suisse de la fondation juive avait invité l'an dernier.

Se déclarant apolitique, Keren Hayessod-Appel unifié pour Israël a été fondée en 1920 à Londres pour récolter des fonds destinés à des projets culturels, éducatifs, économiques, industriels ou environnementaux en Israël. Présente à ce jour dans plus de quarante pays, la fondation se targue d'avoir contribué à la création de la compagnie aérienne El Al ou à celle de la Banque Leumi. «Si faire appel à des personnalités israéliennes ou étrangères de grande renommée permet de collecter davantage de moyens pour les programmes, alors Bill Clinton est un bon choix pour la soirée du 14 décembre», estime Daniel Halevy-Gœtschel, premier secrétaire de l'ambassade d'Israël à Berne, qui précise que l'association est indépendante des autorités israéliennes.

Le bristol circule depuis plusieurs jours et 320 places ont été réservées dans l'hôtel cinq étoiles Président-Wilson. L'avocat Michel Halpérin le confie volontiers: «J'ai l'habitude de me rendre à ce type de soirées de bienfaisance, et je ne crois pas que la personnalité de l'invité joue un grand rôle dans le succès de l'opération, car les participants viennent avant tout pour l'aspect philanthropique de l'événement.» A hauteur de 500 francs, le prix exigé des convives n'a rien d'exceptionnel pour un événement charitable de ce type. «Ces soirées sont avant tout fréquentées par des personnes influentes qui ne manquent pas de moyens. Mais toutes les tendances du judaïsme sont représentées, des orthodoxes aux libéraux», souligne Laurence Sananes-Zagury, des activités culturelles de la Communauté israélite de Genève.

Au siège de Keren Hayessod à Genève, le mutisme est de rigueur lorsqu'il s'agit de savoir combien Bill Clinton empochera pour honorer de sa présence le banquet, fût-il caritatif. «Ce sont sans doute un ou deux donateurs qui financent le voyage et la présence de l'invité», suppute Michel Halpérin. Le premier secrétaire de l'ambassade d'Israël à Berne réfute pour sa part une rumeur qui circule à Genève: non, Bill Clinton n'y vient pas pour retourner l'ascenseur aux associations juives qui, à New York, ont favorisé l'accession de sa femme Hillary au Sénat américain.