Une perquisition à l’aube, c’est la «violente expérience» qu’a vécue le député démocrate-chrétien Manuel Donzé. La police cantonale vaudoise s’est présentée mardi matin à son domicile, à la recherche d’un réfugié afghan débouté que le député héberge depuis le mois de juin. Le jeune Afghan de 25 ans, considéré comme un cas Dublin pour avoir déposé une première demande d’asile en Allemagne, n'était pas sur les lieux. On ignore toujours où il se trouve. La police a tout de même procédé à une fouille complète de l’appartement.

Depuis l’année dernière, un mouvement de parrainage, qualifié de désobéissance civile, a vu le jour en Suisse romande. Plusieurs personnalités vaudoises telles que Luc Recordon ou Claude Calame ont ainsi pris position en faveur de réfugiés en situation irrégulière. «Cette intervention visait de toute évidence à intimider et à dissuader le parrain de poursuivre son engagement auprès du Collectif R», a dénoncé l’organisme qui soutient les migrants. La perquisition intervient le jour où le Grand Conseil doit discuter d’un durcissement de la loi vaudoise sur les étrangers voulu par le gouvernement, sommé par Berne d’appliquer les renvois Dublin plus strictement. 

«Méthodes d’intimidation brutales»

Entre colère et incompréhension, Manuel Donzé dénonce des «méthodes d’intimidation brutales». «J’étais sous la douche quand les agents ont sonné, explique-t-il. C’est ma femme, réveillée en sursaut, qui a dû ouvrir. Nous sommes sous le choc.» Membre du collectif R, il précise héberger le réfugié débouté dans la plus complète transparence. «Lorsqu’il a élu domicile légal chez moi, j’ai tout de suite prévenu le Service de la Population (SPOP) qui ne m’a jamais contacté. Cette intrusion sans le moindre avertissement est scandaleuse.» La perquisition du domicile d’un député est une première pour le canton. Jusqu’ici, seuls trois élus communaux avaient été concernés, en septembre dernier, pour des cas de désobéissance civile.

Au Département vaudois de l’économie et du sport, le délégué à la communication Denis Pittet précise que la demande de réquisition a été faite au juge de paix le 26 novembre par le SPOP. Pourquoi la police a-t-elle attendu plus de deux mois pour intervenir? Qui plus est «le jour même où le Grand Conseil débat de la loi sur les étrangers?» s’interroge encore le groupe PDC Vaud Libre, qui dénonce une «perquisition surprenante et inquiétante». «Le déroulé des opérations dépend de la police», répond Denis Pittet. «Cette pression policière pourrait être considérée comme une atteinte à la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif», souligne encore le groupe PDC dans un communiqué.

«La loi est la même pour tous»

Sur le principe, le chargé de communication remarque que la personne concernée est un cas Dublin et qu’elle doit, selon la loi, être renvoyée dans le premier pays dans lequel elle s’est inscrite: «Qu’on soit député ou pas, la loi est la même pour tous.» Fin septembre, le conseiller d’Etat Philippe Leuba déclarait déjà à 24 heures: «Je n’admets pas qu’un parrain s’érige en souverain et décide du sort de tel ou tel migrant au mépris de la volonté populaire et de l’ordre juridique.»

Pour Jean-Michel Dolivo, député La Gauche et membre du Collectif R, «il s’agit clairement d’un coup politique». Selon lui, le gouvernement applique une «politique inacceptable en durcissant les mesures de contrainte à l’égard des migrants». «Cette chasse à l'homme porte atteinte au droit de solidarité de la société civile, renchérit Graziella de Coulon, membre du Collectif R. Plus les autorités feront preuve de fermeture en appliquant aveuglément les consignes de Berne, plus l'élan solidaire grandira.»