Les chiffres parlent d’eux-mêmes: la pandémie a durement affecté la marche des affaires des CFF en 2020. L’exercice s’est traduit par une perte financière de 619 millions de francs et une hausse de la dette de 1,5 milliard. «C’est la plus grosse perte essuyée par les CFF depuis leur constitution en société anonyme en 1999», résume lundi la présidente du conseil d’administration, Monika Ribar, à l’heure du bilan.

Le nombre de voyageurs transportés a reculé de 1,32 million par jour en 2019 à 843 000. «La fréquentation a chuté de 85% durant la première vague et de 50% durant la deuxième», détaille le chef des finances, Christoph Hammer. Sur l’ensemble de l’année, les trains et les gares ont été fréquentés par un tiers de clients en moins qu’une année normale, complète le directeur général Vincent Ducrot, entré en fonction en pleine crise sanitaire, le 1er avril 2020. Les recettes provenant du trafic voyageurs ont diminué de 28,9%, le chiffre d’affaires dans les gares de 26,8%.

Pas de hausse de tarifs

Les autres indicateurs s’affichent eux aussi en recul. La demande en trafic international a régressé de 51,2%, ainsi que le nombre d’abonnements généraux. Alors que plus de 500 000 avaient été vendus en 2019, seuls 439 000 usagers ont renouvelé leur sésame national de mobilité l’an dernier, ce qui représente une diminution de 12,2%. En parallèle, alors que le nombre d’abonnements demi-tarif est resté stable (2,72 millions), la part du nombre de billets achetés sur les canaux de vente numériques et l’application Mobile CFF s’est élevée à 61,4%, soit près de dix points de pourcentage de plus qu’en 2019.

S’agit-il d’une tendance durable, qui verra la demande en mobilité et la popularité de l’abonnement général régresser au profit d’une billetterie plus adaptée à la consommation réelle de la clientèle? «Je ne le pense pas. Les gens ne veulent pas être confinés chez eux. Ils veulent revenir dès que possible sur leur lieu de travail. Je pense que, une fois la pandémie passée, une majorité reprendra l’abonnement général, qui reste attractif sur le plan du prix», répond Vincent Ducrot. Le CEO des CFF annonce par ailleurs qu’il n’y aura sans doute pas de hausse de tarifs cette année.

Une perte identique en 2021 n’est pas à exclure

En 2020, la Confédération a accordé des indemnités spéciales afin de compenser une partie des pertes. Grâce à une aide extraordinaire de 267 millions, le déficit de l’année 2020 a pu être ramené de 884 à 617 millions de francs. La limite de crédit a par ailleurs été relevée de 550 millions. L’impact financier de la crise sanitaire se fera encore sentir cette année. «L’année 2021 restera difficile. Personne ne sait quand la demande va redémarrer», concède Monika Ribar. Une perte du même ordre de grandeur qu’en 2020 n’est pas à exclure. La direction a d’ailleurs renoncé à une partie de sa rémunération variable en 2020.

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Les CFF ont pris d’autres mesures pour compenser la baisse des recettes. Certains projets et investissements ont été reportés, les embauches dans l’administration gelées. En revanche, l’entreprise a poursuivi et intensifié la formation de mécaniciens et mécaniciennes afin de rattraper le retard pris dans la relève. «Les classes de formation 2020 et 2021 sont pleines», note Vincent Ducrot, qui souligne que l’entreprise, en bonne partie à cause de la crise, a reçu des dizaines de milliers de postulations. Le nombre d’accompagnants dans les trains sera lui aussi renforcé.

Tout plaide pour les trains de nuit

Pour l’avenir, les CFF travaillent sur plusieurs scénarios, qui sont entourés de nombreuses inconnues. Il reste difficile de prédire l’évolution de la demande en mobilité ces prochaines années. Cela rend la planification plus hasardeuse, par exemple pour les investissements dans le matériel roulant. Cela peut aussi concerner la demande immobilière dans les gares, un secteur clé pour le groupe dans la mesure où les recettes qu’il dégage contribuent à stabiliser la caisse de pension. «Les projets immobiliers sont vitaux», insiste Vincent Ducrot.

Parmi les autres projets porteurs d’avenir, le patron du groupe relève encore le redémarrage des trains de nuit, en partenariat avec des opérateurs tels que les Chemins de fer autrichiens (ÖBB). La crise sanitaire et les préoccupations climatiques plaident en effet pour ce moyen de transport.