En ce premier dimanche de l'Avent, les Bernois étaient plus occupés à courir les boutiques et à plébisciter Alexander Tschäppät qu'à se pencher sur la révision de la loi sur le personnel. Le projet du Grand Conseil est passé, de justesse: une faible majorité (51,6%) l'a accepté contre 48,4% de refus.

Les districts francophones de Courtelary, Moutier et La Neuveville l'ont rejeté, Bienne l'acceptant in extremis. La progression des salaires des 16 700 employés concernés se fera désormais sur la performance et non plus sur l'expérience. Les 15 000 enseignants du canton, qui se débattent avec leurs propres difficultés financières, ne sont pas concernés.

Compétitif

Le conseiller d'Etat en charge des finances, Urs Gasche, (UDC), s'est dit satisfait que soit choisie «la solution la plus optimale pour le personnel, un signal à ceux qui s'engagent de manière convaincue». Il a salué une modernisation du système. «C'est important pour le canton d'être compétitif et d'être plus ou moins dans la même situation que l'économie privée. Il ne s'agit absolument pas d'une mesure d'épargne», a-t-il indiqué.

Explication: les différents postes de l'administration cantonale sont répartis en 30 classes de salaire, la rémunération étant déterminée en fonction des exigences liées au poste occupé (LT du 27.10.04). Le système actuel de rémunération, BEREBE, introduit en 1997, veut que le salaire de chaque employé progresse chaque année d'un échelon. L'expérience se voit ainsi récompensée. Il est également possible de récompenser les plus performants en leur attribuant un ou plusieurs échelons supplémentaires en fonction de leurs prestations.

En théorie, les augmentations de salaire sont accordées selon un total de 40 échelons correspondant chacun à 1,5% du salaire de base. Ce qui n'était plus le cas depuis l'année dernière: en raison de la précarité des finances publiques, le gouvernement plafonne la croissance de la masse salariale à 1%, un taux qui devrait rester inchangé ces prochaines années.

La progression salariale récompensant l'expérience avale déjà 0,5% de la masse salariale, le reste étant en principe absorbé par la compensation du renchérissement. Résultat: il ne reste rien pour rétribuer la performance. En novembre 2003, l'Etat, estimant qu'il ne disposait pas de suffisamment de manœuvre pour récompenser les bonnes performances, approuve une révision partielle de la loi sur le personnel, qui abroge la progression automatique du salaire au titre de l'expérience.

Avec la révision, les 40 échelons de 1,5% se voient remplacés par 80 échelons de 0,75%, le passage à l'échelon supérieur dépendant des performances individuelles. Une révision acceptée par 92 voix contre 74 au Grand Conseil.

Compromis

Employés et syndicats ne l'entendent pas de cette oreille. Une quinzaine d'associations, emmenées par l'Association du personnel de l'Etat de Berne (Bernischer Staatspersonalverband, BSPV), lancent un projet populaire, également appelé référendum constructif, «pour un système de salaires équitable». Le projet récolte plus de 17 000 signatures. Pour ses instigateurs, la progression salariale dépend à la fois de l'expérience et des performances individuelles, facteurs qui doivent être pris en compte de manière équitable.

La révision pénaliserait les fonctionnaires des classes inférieurs. Le projet préconise de répartir 0,5% pour le renchérissement, 0,25% au titre de l'ancienneté et 0,25% selon la performance. Un compromis qui vient d'être rejeté.

Mais Matthias Burkhalter, membre socialiste de la commission des finances du Grand Conseil et administrateur de la BSPV, refuse de voir dans le rejet de ce compromis une défaite. «Que le projet soit passé est un accident. Beaucoup de gens n'ont pas compris les enjeux, cela n'a rien à voir avec une opposition au cliché du fonctionnaire qui fait ses heures.» Il estime que le plafonnement à 1% a pu jouer dans le résultat. «Ce n'est pas tant le système de répartition que la masse salariale qui pose problème. 1% ne suffit évidemment pas, il aurait fallu 2,5%. Mais dans ce cas, nous n'aurions pas lancé de projet populaire.»