Religion

Une place réservée au cimetière pour les musulmans vaudois

Dès 2016, les musulmans du canton de Vaud pourront être inhumés selon les rites islamiques dans le cimetière du Bois-de-Vaux, à Lausanne

Une place réservée au cimetière pour les musulmans vaudois

Religion Dès 2016, les musulmans pourront être inhumés selonles rites islamiques

Une parcelle leur est dédiée à Lausanne

En février dernier, Nusret Sahin, Turc né en Suisse, a accompagné sa grand-mère pour son dernier voyage vers la Turquie. Elle reposait dans un cercueil, enterré depuis, dans la ville de Kastamonu, au bord de la mer Noire. «Mes parents sont arrivés à l’âge de 30 ans en Suisse. Eux aussi, ils souhaiteraient être enterrés en Turquie. Ils ne sont pas venus ici pour y rester.» Lui préférerait reposer en Suisse, où il a grandi. «Ma femme et mes enfants vivent ici. Je ne veux pas qu’ils aient à parcourir 3000 km pour se recueillir sur ma tombe. Mais je souhaiterais pouvoir être enseveli selon les rites musulmans.»

C’est pour répondre à ce vœu exprimé depuis une dizaine d’années par des musulmans de deuxième et troisième génération que Lausanne a décidé d’ouvrir dans le cimetière du Bois-de-Vaux le premier espace du canton de Vaud dédié aux musulmans. La parcelle, dont l’orientation permet un ensevelissement en direction de La Mecque, conforme au rite islamique, pourra accueillir 350 tombes dès le début 2016. «Cette décision, résultat d’un long processus, s’inscrit dans la politique d’intégration de la Ville», a tenu à souligner lors d’une conférence de presse ce mercredi Marc Vuilleumier, directeur des Sports, de l’intégration et de la protection de la population.

C’est un projet à la fois «anodin et très important» pour les quelque 30 000 musulmans du canton de Vaud, estime le président de l’Union vaudoise des associations de musulmans (UVAM), Pascal Gemperli: «Nous considérons cela comme un signe de reconnaissance. Les musulmans tiennent à être ici, chez eux, depuis leur naissance jusqu’à leur mort.» Si la plupart des immigrés de première génération préfèrent que leur dépouille soit rapatriée, les nouvelles générations, elles, tiennent à reposer en Suisse, estiment les organisations musulmanes.

Bassam Degerab, porte-parole de la mosquée de Lausanne, regrette de son côté que la solution lausannoise n’offre pas aux musulmans la possibilité, au sein de cet espace dédié, d’être enterrés sous le régime des «tombes à la ligne». Pour ce type de sépultures, proposées gratuitement aux résidents lausannois, le règlement cantonal sur les décès et les sépultures précise que «les fosses sont creusées à la suite les unes des autres, d’une manière continue, sans distinction de confession, de famille ou de sexe». L’espace, s’il est confessionnel, doit donc être placé sous le régime des concessions, octroyées pour une durée de trente ans renouvelables, au prix de 2100 francs.

Cette décision intervient à l’issue de discussions menées depuis une dizaine d’années entre la municipalité et trois associations islamiques vaudoises: l’UVAM, l’Amicale Swiss-Muslim 1421 et la mosquée de Lausanne. Elle ouvre la voie à d’autres espaces confessionnels dans le cimetière. Le projet porté par le municipal popiste a suscité peu d’agitation politique. Sans doute aussi parce que Lausanne n’est pas pionnière. Les principales villes avant elle – Genève, Bâle, Berne, Zurich, Lucerne – ont déjà octroyé des espaces réservés aux défunts musulmans dans leurs nécropoles. Toutefois, le conseiller communal UDC Pierre Oberson, estimant que la Ville a «éludé» le débat, a déposé une interpellation en janvier afin de questionner l’exécutif sur sa démarche. Dans une interpellation précédente, l’élu lausannois indépendant Jean-Luc Laurent critiquait quant à lui le «morcellement» du cimetière, classé à l’inventaire cantonal des monuments historiques.

Une inquiétude balayée par la municipalité: «La disposition des tombes ne déroge pas aux règles d’organisation et d’esthétique du cimetière telles que décidées par son concepteur Alphonse Laverrière». Lesquelles sont si strictes que «si cette parcelle orientée sud n’avait pas déjà existé, la création d’un tel espace n’aurait pas été possible», concède le municipal Marc Vuilleumier. Les changements de pratiques funéraires jouent elles aussi en faveur d’un espace confessionnel: le cimetière n’a jamais disposé d’autant de place qu’aujourd’hui, vu que 85% des individus optent pour la crémation. D’ailleurs, la parcelle désormais destinée aux défunts musulmans est désaffectée depuis trente ans.

«Les musulmans tiennent à être ici,chez eux, depuisleur naissancejusqu’à leur mort»

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