Les Vaudois ont choisi de confier la révision de leur charte à une Constituante plutôt qu'au Grand Conseil. Une manière de dire que les députés ordinaires sont accaparés par la gestion quotidienne et englués dans les querelles politiciennes. Dès lors, la nouvelle assemblée doit éviter deux écueils. Le premier serait de ne pas défendre assez fièrement son indépendance dans les rapports de force qui ne manqueront pas de se produire avec les autres pouvoirs constitués. La solide présidence collective qui a été élue hier donne des garanties dans ce sens.

Le second est plus redoutable. Comment maintenir au-delà de la cérémonie d'inauguration un climat stimulant, où les idées se confrontent sans être bloquées par les exclusions partisanes, alors même qu'il s'agira de traiter une matière politique par excellence. Les constituants ont montré hier qu'ils étaient nombreux à partager ce souci, tout comme ils s'inquiètent beaucoup de leurs contacts avec la population, deux préoccupations du reste étroitement liées. Le choix de la méthode de travail sera sans doute une condition déterminante du succès.

La Constituante vaudoise n'a pas pour but, comme d'autres dans l'histoire, de codifier de nouveaux rapports de forces après une révolution. Mais elle est apparue, après une série de crises qui ont décrédibilisé l'Etat, comme une planche de salut. Comme la seule instance capable de réaliser les indispensables adaptations institutionnelles, dont les Vaudois ressentent fortement le besoin tout en se méfiant viscéralement de toute innovation. Les mots utilisés par René Perdrix, premier président de cette assemblée, ne sont pas qu'une pure formule: «Le droit à l'erreur est le seul qui ne nous soit pas donné.»

Y. R.