A l'heure où les parlementaires francophones s'interrogent sur la mondialisation, le Grand Conseil genevois a décidé d'employer les grands moyens pour s'opposer à la fermeture d'un guichet postal. Il se réunira en séance extraordinaire le 14 janvier pour examiner une motion demandant la réouverture de la poste de Saint Jean, qui a fermé ses portes avec l'année 1999. Le sort de cette poste de quartier, remplacée par un nouvel office situé à 400 mètres, est l'objet d'une vaste polémique à Genève. Habitants et autorités se sont mobilisés et le conseiller fédéral Moritz Leuenberger s'est même rendu sur les lieux le mois dernier.

La séance extraordinaire est, comme son nom l'indique, une procédure exceptionnelle. Le parlement est convoqué si trente députés l'exigent. Le débat est limité à un unique objet.

La motion, qui est un acte parlementaire non contraignant, «invite le Conseil d'Etat à demander aux autorités fédérales d'intervenir auprès de la direction de La Poste» pour que celle-ci «procède à la réouverture immédiate» de cette poste. Elle émane d'élus socialistes, verts, alliance de gauche et radicaux. Selon son initiateur, le président du Parti socialiste Christian Brunier, «c'est un acte de protestation et de soutien à la population. La poste de Saint-Jean est devenue un symbole national et une session extraordinaire est nécessaire, même si elle ne pourra vraisemblablement pas faire grand-chose. Mais c'est l'addition des actions qui donne du poids à cette lutte».

La procédure retenue provoque quelques remous. Le président du Grand Conseil Daniel Ducommun craint qu'elle ne se répète et relève son coût: 40 000 francs pour une seule séance. Quant au groupe libéral, il a décidé de ne pas participer au débat: «Le Grand Conseil s'est déjà, par deux fois, saisi du sujet et il ne s'agit là que d'une opération de racolage politique qui gaspille les deniers publics», indique le député Michel Halpérin. Quant au PDC, il trouve la démarche «inadéquate et absurde».

En dix ans, c'est la deuxième fois que cette procédure est utilisée. Elle l'a déjà été en 1994 à propos du journal La Suisse. Elle l'a aussi été à trois reprises lorsqu'un point urgent n'a pu être porté à temps à l'ordre du jour.