Quel avenir pour la défense aérienne suisse après l’échec, dans les urnes, de l’achat de 22 avions Gripen en 2014? On devrait y voir plus clair mardi. En février 2016, le conseiller fédéral chargé de la défense Guy Parmelin a relancé le processus d’acquisition de nouveaux avions de combat en constituant un groupe d’experts chargé d’examiner la question. Deux mois plus tard, tirant les leçons de l’échec du Gripen qui avait déchiré les partis, l’UDC vaudois a aussi mis sur pied un groupe d’accompagnement politique de ce dossier, composé de représentants de l’industrie, des affaires étrangères, de l’armée, mais aussi d’un délégué de chaque parti gouvernemental. PDC, PLR et UDC ont envoyé d’anciens élus fédéraux, dont Hans Altherr (PLR/AR), le président de ce groupe. Le Parti socialiste y a délégué l’actuelle conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD).

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Ces deux groupes – d’experts et d’accompagnement – présenteront le fruit de leur travail mardi prochain à Berne. Ils ont eu pour mandat d’étudier l’ensemble des menaces pouvant venir de l’espace aérien et la manière dont la Suisse peut s’en protéger. Ainsi, leurs travaux doivent préfigurer non seulement l’achat de nouveaux avions de combat mais aussi le renouvellement de la défense sol-air.

Scénarios coûtant de 5 à 18 milliards de francs

Selon l’édition de vendredi de La Liberté, le rapport du groupe d’experts esquisse quatre scénarios pour de futurs avions de combat. Il s’agit de remplacer non seulement les 54  F-5 Tiger qui ne peuvent plus voler que par beau temps mais aussi les 30 F/A-18 vieillissants, ceux-là mêmes qui assurent aujourd’hui la police du ciel et dont la durée de vie doit être prolongée jusqu’à l’horizon 2030 au moyen d’un investissement de 450 millions de francs.

L’option maximale prévoit l’achat de 55 à 70 nouveaux avions et un système de défense sol-air (DSA) couvrant l’ensemble du territoire suisse (45’000 km2). Son prix: entre 15 et 18 milliards de francs. Deux scénarios moyens évoquent pour le premier l’achat de 30 avions complété par un dispositif DSA d’une portée de 45’000 km2 et pour le second l’acquisition de 40 jets de combat et un système de défense sol-air couvrant un tiers de la superficie du pays. Facture de ces deux options moyennes: 8 à 9 milliards de francs. Dernier scénario selon le quotidien fribourgeois: l’achat de 20 avions et une DSA permettant de protéger un tiers du pays. La facture serait alors réduite à 5 milliards de francs.

Le financement des avions, question clé

Il faut rapporter ces estimations au budget annuel de l’armée, de 5 milliards de francs, dont 1 à 2 milliards servent à des investissements et achats de matériel selon les besoins. La crainte de la droite, déjà exprimée dans nos pages en octobre 2016, est bien de devoir soumettre au peuple une facture de 8 à 9 milliards de francs, sachant qu’en 2014, le peuple n’avait pas voulu de 22 avions pour 3,126 milliards de francs.
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Les rapports présentés mardi, accompagnés de recommandations, seront transmis au Conseil fédéral qui restera libre de s’en écarter ou d’appuyer l’une des options. Il lui appartiendra aussi de définir le mode de financement des futurs appareils, qui avait fait débat lors de l’achat du Gripen. Procédera-t-il par arrêté fédéral, ouvrant la voie à un référendum et donc un vote, comme ce fut le cas en 2014? Proposera-t-il d’absorber l’imposant achat, par tranches, au moyen du budget d’armement ordinaire qui n’est pas attaquable par référendum? Alors que la campagne sur le Gripen dévissait, la question s’était posée. Le conseiller national UDC Thomas Hurter (UDC/SH), lui-même pilote, avait suggéré l’idée d’acheter des avions par lots et d’intégrer cette dépense dans les programmes d’armement ordinaires. Cette option priverait toutefois les autres composantes de l’armée suisse de moyens pendant plusieurs années.

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