Vaud

Une présidente par défaut pour l’UDC Vaud?

Fabienne Despot est l’unique candidate déclarée pour reprendre la direction de la section. Le parti vit quelques «turbulences»

Fabienne Despot brigue en solitaire la présidence de l’UDC Vaud. A Chavornay, le 5 décembre prochain, le congrès du parti devrait élire la députée de Vevey. Elle succéderait à Claude-Alain Voiblet. Le vice-président de l’UDC Suisse a démissionné au mois d’août, après une année seulement à la tête de la section, où les tensions ne manquent pas.

Très en vue ces temps, porte-voix vaudois de l’initiative pour les familles de l’UDC, l’unique aspirante au poste ne suscite cependant pas l’unanimité. La députée de 48 ans risque de devenir présidente par défaut. Elle serait intronisée, certes, car l’UDC «a besoin de stabilité», mais à contrecœur par une partie des délégués. Une rumeur tenace laisse entendre qu’un prétendant de dernière minute pourrait se déclarer le soir du congrès pour lui faire barrage.

La candidature unique de Fabienne Despot trahit l’embarras de la formation. Les autres papables, entre les élus aux Chambres fédérales et au parlement vaudois, se sont rapidement désistés. Le climat qui règne dans la section, ainsi que les rivalités personnelles rendraient la tâche, ingrate par définition, encore plus redoutable. Il faut dire que les échéances électorales approchent. A Berne et dans le canton, les places vacantes aiguisent les appétits.

Exclu du Conseil d’Etat après le décès de Jean-Claude Mermoud en 2011, le parti flotte, se cherche. Tout le monde le reconnaît, encore que l’on préfère évoquer des «turbulences» plutôt que de parler de «crise». D’ailleurs, sa force de frappe ne s’est pas affaiblie. La section vient de déposer tambour battant une initiative contre la mendicité.

Pourtant, personne n’a pu ou su assumer l’autorité qu’exerçait le magistrat, figure tutélaire du parti. La greffe de Claude-Alain Voiblet, professionnel de la politique, n’a pas pris. Ballottée entre son enracinement agrarien et la ligne hégémonique urbaine du parti national aux mains de Christoph Blocher, l’UDC vaudoise peine à faire la synthèse. «Celle-ci vit une crise de croissance», diagnostique Jean-Luc Chollet. La section a plus que doublé son électorat en 15 ans. Pour sortir de cette période compliquée, le député lausannois préconise un parti «qui propose, loin des excès d’une communication agressive». Il est donc impératif de constituer une direction robuste et créative. C’est l’objectif de Fabienne Despot, prête à diriger une section très masculine sans transformer sa féminité en argument de campagne, car la politique «doit rester asexuée». Et prête à exercer son mandat dans le respect des différences. «Villes et campagnes doivent comprendre qu’elles ont des intérêts communs.»

Ce programme, consensuel, pourrait ne pas suffire à convaincre les adversaires de l’ingénieure en chimie, qui dirige une entreprise de conseil en environnement. Des voix anonymes suggèrent que son ambition et ses jugements tranchants suscitent le rejet d’une frange du parti. Pire, elle n’aurait pas les qualités de leadership pour reprendre en main la situation. En porte-à-faux avec la ligne de l’UDC, son combat contre le nucléaire agace.

Fabienne Despot réplique que «ses ambitions cantonales ou fédérales sont liées à celle du parti». Quant au sujet de discorde, elle note que «l’appréciation de l’énergie nucléaire a évolué en Suisse, lui donnant raison». A l’entendre, l’élue d’origine valaisanne semble imperméable au doute. Bâties sur des valeurs solides, ses convictions le sont tout autant. La foi joue un rôle primordial, avoue-t-elle. Elle a d’ailleurs abandonné l’église catholique pour rejoindre l’orthodoxe, «plus intemporelle, en dehors des modes», dit-elle de la religion qu’elle partage avec son ex-mari Slobodan Despot, éditeur et depuis peu chargé de communication du conseiller d’Etat valaisan Oskar Freysinger.

Ce besoin d’un socle ferme, authentique, habite la députée. Conservatrice, donc, mais allergique aux extrêmes, de droite et de gauche, assure-t-elle. C’est sur ce socle, explique-t-elle, que doivent s’épanouir les pays et les personnes. Fabienne Despot est intraitable sur l’autonomie de la Suisse, fidèle aux objectifs de l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre) dont elle est membre depuis 1992, et sur le devoir des étrangers de se conformer aux lois helvétiques.

D’autre part, elle sacralise la responsabilité individuelle contre le recours systématique à l’Etat. Cette adepte de Facebook conçoit la vie et son évolution comme des fruits de la volonté, d’une bonne éducation au sein de la famille et d’une école exigeante. Ses sujets de prédilection avec l’écologie.

Le cas des femmes est exemplaire aux yeux de la politicienne. Son parcours personnel et professionnel – cheffe d’entreprise, divorcée, mère de deux filles – aurait pu la transformer en féministe. Il n’en est rien. Ce qui compte, explique Fabienne Despot, ce sont la motivation et les compétences. Pas besoin de quotas, ni de discrimination positive, «les femmes mieux formées accéderont au fil du temps à des postes à responsabilité, à des salaires équivalents aux rémunérations des hommes.»

Conservatrice, mais allergique aux extrêmes de droite et de gauche, dit-elle d’elle-même

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