Islam

Une prière de rue, filmée, crée l’émoi à Lausanne

La vidéo a été tournée devant un centre islamique du quartier de Prélaz, une mosquée à la gestion opaque, dans le viseur des autorités. Son affiliation à l’Union vaudoise des associations musulmanes a été suspendue

La scène pourrait avoir été filmée dans une grande ville française: on y voit des hommes, certains vêtus d’un kamis, vêtement long traditionnel, sortir d’un bâtiment et se prosterner sur le trottoir. C’est une prière de rue, et c’est à Lausanne. Avenue Sévery, quartier de Prélaz, devant le centre islamique Al Boukhari, le 12 août dernier.

Cette vidéo, tournée par des observateurs alentour, a été postée sur les réseaux sociaux. «Des menaces ont alors été proférées contre ses auteurs présumés, raconte un internaute ayant diffusé ces images. Ils désignaient l’appartement d’où aurait été filmée la scène et promettaient de retrouver les vidéastes.»

Connue pour des attroupements le vendredi

A Lausanne, toute utilisation accrue de l’espace public doit faire l’objet d’une autorisation préalable, selon le règlement général de police. Laquelle n’a pas été interpellée suite à cet incident: «Nous avons déjà eu des contacts avec des représentants de ce lieu de culte pour des questions d’usage accru de l’espace public, notamment des attroupements au sortir de la prière le vendredi ou lors du ramadan, mais pas des prières de rue. Nous allons réitérer ces contacts pour leur rappeler les règles en vigueur», annonce son chargé de communication, Raphaël Pomey.

Cette mosquée pourrait-elle abriter des fidèles de tendance radicale? Ouverte en 2002 par des Maghrébins, très fréquentée, elle a une structure assez opaque. Elle ne possède pas d’imam officiel et les prêches sont assurés selon un tournus. Le flou règne aussi manifestement dans sa gestion, puisque le président de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), Pascal Gemperli, a fait savoir au «Temps» que «l’affiliation de la mosquée de Prélaz à l’UVAM est actuellement suspendue pour des raisons d’arriérés de cotisations et de défis dans la gestion associative». Qu’entend-il par là? «La direction de la mosquée est exposée à la difficulté de devoir gérer la fréquentation de quelques personnes en situation difficile, par exemple des demandeurs d’asile ou des personnes en difficulté sociale, ce qui semble dû à la nature du quartier, répond-il. Ayant peu de ressources à disposition, le cumul de tâches peut s’avérer parfois difficile pour le travail bénévole.» En avril, l’UVAM a donc nommé un groupe de soutien et d’accompagnement pour faire toute la lumière sur la situation, suite à un échange avec les autorités vaudoises.

Une partie du local fermée à clé

En charge désormais de la communication du centre Al Boukhari, Pascal Gemperli explique ainsi les raisons de cette prière de rue: «En ce 12 août 2016, une partie du local était fermée et la personne qui avait la clé avait un empêchement. L’espace diminué était donc plein et les fidèles ont continué la rangée de prière en sortant dans la rue.» Il demandera néanmoins à tous les membres de l’UVAM de ne pas accomplir la prière dehors. Et il promet de faire le nécessaire pour régler l’affaire des menaces, «inadmissibles».

Dérive ou simple débordement, les avis divergent

Des explications qui ne suffisent pas au secrétaire général du Parti libéral conservateur, Claude-Alain Voiblet, très remonté, qui soumettra l’affaire au Conseil communal: «Il faut oser parler de l’accaparement de l’espace public par une culture qui n’est pas la nôtre. L’islam comme religion, d’accord. Mais l’islam comme culture, certainement pas! Que des musulmans fassent leurs prières dans la rue à Lausanne, c’est une dérive. Il faut interdire ce genre de pratique, alors que la municipalité lausannoise laisse tout passer.»

De l’autre côté de l’échiquier politique, Benoît Gaillard, président du Parti socialiste lausannois, tempère: «Le jour où nous aurons affaire à une prière de rue, nous prendrons position. Ici, il s’agit simplement d’un débordement d’une poignée de fidèles sur le trottoir. De plus, si la vidéo date du 12 août et qu’il n’y a rien eu de nouveau depuis, c’est sûrement que le fait ne s’est pas reproduit.» Un point de vue que ne partage pas le Réseau laïque romand (RLR), qui rappelle qu’«en France, une prière de rue catholique a donné lieu à des violences». «Nous estimons qu’aucune religion ne devrait pouvoir s’exhiber en action dans la rue», conclut l’organisation.

Collaboration: Aïna Skjellaug

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