Une raclette socialiste pour financer la campagne

Elections fédérales La gauche valaisanne fait exception en Suisse romande en adoptant la pratique des soupers de soutien

Reportage lors de la soirée organisée par le candidatGaël Bourgeois

A Bovernier, petit hameau sur la route du Grand-Saint-Bernard, il fallait suivre les ballons rouges, ce vendredi, pour rejoindre le souper de soutien de Gaël Bourgeois, candidat socialiste au Conseil national. A l’entrée de la salle polyvalente, une centaine de personnes se pressent pour l’apéritif et sept fours à raclette sont alignés, prêts à l’emploi. Parmi les invités, quelques personnalités du Parti socialiste valaisan et romand, et une bonne moitié de gens du village, pas forcément affiliés au parti.

La rencontre a pour but de réunir des fonds pour la campagne de Gaël Bourgeois, ancien président du Parti socialiste du Valais romand. Ce dernier est le seul Parti socialiste de Suisse romande qui connaisse la pratique des soupers de soutien, plus répandue parmi les partis politiques de droite et seulement dans certains cantons, comme Vaud ou le Valais. Mais la réunion aux allures de fête de village permet aussi de fédérer la communauté, au-delà des clans partisans, autour du candidat de la région. Ceux qui sont venus au souper ont payé 30 francs d’entrée en échange d’un bracelet autocollant vert ou rose estampillé «Gaël Bourgeois» et acheté des billets de tombola. Ils voteront certainement pour lui en automne.

La pratique est nouvelle au sein du parti et elle fait parler d’elle. «Je crois que mon souper de soutien, en 2011, était le premier du genre pour le parti», raconte Mathias Reynard, venu soutenir son ami de toujours. Le jeune conseiller national n’a pas hésité à reproduire l’expérience cette année. Il a réuni quelque 350 personnes, a préparé des bouteilles de vin, des verres, des tire-bouchons et des briquets marqués à son nom. Il a même choisi une mascotte, un renard en peluche à prendre en photo ou en voyage autour du monde.

«Les soupers de soutien, ça n’existe pas dans le Haut-Valais», confirme Thomas Burgener, ancien conseiller d’Etat, à son arrivée à Bovernier. «Pour aucun parti d’ailleurs. Ça ne se fait pas parce que cela ne réunirait pas la population au-delà des votes déjà acquis des membres du parti du candidat. Les autres n’oseraient pas s’afficher dans un souper. Et puis, dans le Haut-Valais, les gens trouvent que ce sont des pratiques un peu américaines et n’y adhèrent pas vraiment», explique-t-il. «Dans le Jura non plus, ça n’existe pas», enchaîne Jean-Claude Renn­wald, conseiller national socialiste jurassien jusqu’en 2011. «Mais je trouve ça bien, c’est plus transparent que de faire des téléphones pour obtenir des voix, parfois en encourageant les gens à tracer des membres de sa propre liste», glisse-t-il pendant l’apéritif.

Les fromages à raclette viennent à parts égales des deux vallées de la région, du Bagnes et du Orsières. «Ce n’est pas calculé, nous avons simplement demandé à un fromager de Sion de nous donner deux sortes de meules de la région», explique Gaël Bourgeois. Pas de symbole non plus dans le choix d’un plat terroir aussi identitaire que la raclette en Valais. «C’est un choix pratique parce que c’est simple à organiser et que si vous avez plus ou moins de monde que prévu, c’est un repas qui s’adapte facilement», poursuit-il. En l’occurrence, son comité de campagne avait prévu de réunir quelque 2000 francs grâce à une septantaine d’invités. Ils seront plus de cent à avoir fait le déplacement.

Parfois ce sont des concurrents qui viennent soutenir la liste ou humer l’air du voisin. «Je trouve ça un peu ringard», lâche l’un d’eux en fumant une cigarette sur le perron de la salle polyvalente. «C’est sympa mais ça a un côté fête de village qui ne passerait pas du tout dans une commune de plaine qui s’urbanise. A moins d’être un candidat de droite très show man. Je préfère le concept de Barbara Lanthemann, candidate socialiste valaisanne au Conseil national, qui va organiser une soirée de concerts pour financer sa campagne.» Pour elle, ce sera musique du monde le 5 juin, dans le village de plaine de Saillon.

A Bovernier, après la raclette et quelques airs de flamenco interprétés par l’oncle de Gaël Bourgeois, le clou de la soirée, c’est la tombola. La salle s’enflamme, interpelle le maître de cérémonie. «Coup de sac, Gaël!» On y gagne des bouteilles de vin, des fromages ou des bons d’achat dans des commerces de la région. «Il n’y a même pas 35% de lots pour le Haut-Valais», lâche en riant Thomas Burgener, qui n’a rien gagné malgré la dizaine de tickets colorés qu’il a alignés sur la table. Il fait allusion à la votation à venir sur la réforme des institutions, qui prévoit la garantie de 35 sièges au Grand Conseil pour la partie germanophone du canton. «Ce n’est pas grave, la raclette était bonne», assurent Jean-Claude Rennwald et sa femme, qui n’ont rien gagné non plus. Terroir et tradition, la recette aura plutôt séduit la gauche qui s’est déplacée pour l’occasion.

«Dans le Haut-Valais, les gens trouvent que c’est une pratique trop américaine»

«Ça a un côté ringard de fête villageoise qui ne passerait pas en plaine»