Pierre-François Unger a accroché ses mains à la table de la salle des Fiefs de l'Hôtel de Ville pour annoncer la nouvelle. «Je touche du bois! On a l'impression qu'un consensus se dessine enfin à Genève en matière de logement.» Le président du Conseil d'Etat genevois a dévoilé, hier, le compromis qui se négocie actuellement avec les partis politiques, mais aussi avec les défenseurs d'une politique sociale du logement.

Les HLM aux oubliettes

L'accord, s'il se concrétisait, chamboulerait la politique genevoise du logement. D'abord, la notion de logement social serait revisitée, puisque le système HLM serait jeté aux oubliettes. La nouvelle recette? Le canton souhaite investir dans un socle de logements «d'utilité publique», dont les loyers resteraient modestes.

Ça, c'est pour le social. Mais comme le compromis doit également satisfaire les investisseurs, le Conseil d'Etat plaide pour un second changement: l'assouplissement de la règle des 2/3 de logements sociaux pour 1/3 de loyers libres dans les zones de développement. «Les investisseurs devront être plus libres de construire le type d'immeubles de logement qui leurs paraissent répondre à la demande», explique Pierre-François Unger.

Le compromis est-il acquis? Le ministre libéral Mark Muller, en charge des Constructions, reste prudent: «On est au début du processus de recherche d'un consensus.» Le magistrat souligne tout de même qu'à sa demande, deux projets de loi relatifs au logement ont été gelés par le parlement. «C'est bon signe. Il y a une volonté générale d'éviter de créer des tensions inutiles.»

D'autre part, le Conseil d'Etat recommande le rejet de l'initiative déposée en juillet 2005, qui propose qu'un tiers de l'or de la BNS accordé à Genève soit consacré au logement social pérenne. «Nous sommes opposés à une affectation sectorielle de cet argent», explique Pierre François Unger.

Pour l'heure, l'Asloca n'envisage pas de retirer son soutien à l'initiative. Juriste à l'Asloca et secrétaire générale du Mouvement pour une politique sociale du logement, Carole-Anne Kast estime qu'il est trop tôt pour parler de consensus. Mais selon elle, les associations de défense des locataires seraient prêtes à entrer en matière sur le projet gouvernemental.