Une saga sucrière de 250 ans

Aujourd'hui, le sucre de betterave représente 30% du marché mondial.

La saga de la betterave sucrière débute au milieu du XVIIIe siècle en Allemagne. Dans son laboratoire berlinois, le chimiste Andreas Sigismund Marggraf découvre que la betterave fourragère – ancêtre de l'actuelle betterave sucrière – contient «non seulement un élément ressemblant au sucre», mais «du sucre véritable, parfaitement identique à celui que l'on connaît de la canne à sucre». Son élève, le professeur Achard, met cette découverte au profit de l'Académie prussienne. Cette initiative débouche en mars 1802 sur la mise en service de la première fabrique de sucre de betteraves au monde à Kürnen-sur-Oder (Silésie). La production est artisanale: 70 kilos de betteraves sont traités tous les jours.

Le 21 novembre 1806 constitue une date charnière pour l'économie sucrière européenne. Pour répondre au blocus imposé par les armées britanniques sur les ports français, Napoléon Ier instaure le blocus continental: toutes les marchandises anglaises sont dès lors prohibées sur sol français. Pour compenser la soudaine pénurie de sucre de canne, l'empereur décide de soutenir activement la production de betteraves sucrières. En quelques années, de nombreuses usines de transformation sont créées.

Lorsque le blocus est levé, le sucre de canne des colonies inonde à nouveau le marché. Sous le poids de la concurrence, l'industrie naissante accuse le coup. Un grand nombre de sucreries ferment leurs portes après avoir subi d'importantes pertes. L'abolition de l'esclavage, en 1848, engendre une forte hausse du prix du sucre de canne et une diminution de sa production. Les betteraviers en profitent. D'autant que les sucreries améliorent progressivement leurs rendements grâce à la construction de grosses unités de production. Aujourd'hui, parmi les 111 pays producteurs, 38 cultivent la betterave sucrière et fournissent environ 30% des 140 millions de tonnes de la production mondiale. Avec 180 000 tonnes produites chaque année, les deux sucreries helvétiques représentent 0,13% de ce marché.

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