Une salle de bains par requérant, l’argument dissuasif de l’OSAR

Aide Les conditions pointilleuses dissuadent les Suisses d’accueillir un réfugié

L’organisation dit vouloir réduire les tensions culturelles

Une salle de bains par requérant. Ou l’emblème du perfectionnisme helvétique. La condition fait partie de la check-list du projet d’hébergement de requérants d’asile chez des particuliers, dirigé par l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Mais rares sont les habitations agencées de manière à laisser une salle d’eau à l’usage exclusif d’un réfugié fuyant la guerre. Une douche froide, donc, pour nombre de potentielles familles d’accueil qui renoncent à ouvrir leur porte, face à des exigences jugées trop pointues. «Il me semble qu’il est plus déterminant de détenir une véritable volonté d’aider plutôt que de disposer d’une salle de bains vacante», regrette Anne-Claire Schwab-Nicollier. La Lausannoise a été freinée par la procédure exhaustive de l’OSAR. «Si l’on commence à venir vérifier tout ce que l’on a chez nous, ça refroidit. Le but était simplement de rencontrer des gens.» Le projet de l’OSAR est en phase pilote dans les cantons d’Argovie, de Berne, de Genève et de Vaud, où il est l’unique moyen officiel dont disposent ceux qui souhaitent accueillir un migrant. Ces trois dernières semaines, Stefan Frey, son porte-parole, a reçu plus de trois cents propositions d’hébergement de privés. En règle générale, deux tiers des offres sont retenues dans une première sélection.

Mais pourquoi cette exigence de la salle de bains? «Dans notre réflexion, il convient d’éviter des tensions inutiles dans la cohabitation, explique le porte-parole de l’OSAR. Il faut imaginer que deux cultures très différentes s’apprêtent à vivre ensemble sur une longue durée. Tant pour la famille que pour la personne accueillie, l’intimité doit être préservée.»

La durée d’accueil est également imposée et suscite, elle aussi, des controverses: six mois minimum, pour certains c’est trop. «Notre projet n’est pas une réponse aux récents problèmes d’actualité mais un programme d’intégration à long terme», souligne Stefan Frey.

«Si l’on commence à venir vérifier tout ce que l’on a chez nous, ça refroidit. Je souhaitais simplement aider»

Mais il y a aussi ceux qui inscrivent d’emblée leur hospitalité dans la durée. Ainsi, à Granges-près-Marnand (VD), la famille Juvet vient de finir de remplir le formulaire informatique pour accueillir un réfugié. «Dans la case concernant la période souhaitée de l’hébergement, nous avons mis dix-huit mois. L’idéal serait de partager notre maison avec un enfant de l’âge des nôtres et sa maman», imagine Dimitri Juvet.

La procédure formelle requiert de plus une chambre individuelle par personne, «du moins dès que l’enfant a l’âge d’entrer à l’école», précise Stefan Frey. «Nous examinons les offres au cas par cas. Il ne s’agit pas qu’une maman partage une pièce de 8 m2 avec son enfant. Les conditions de vie doivent être propices à l’épanouissement.» Des exceptions au règlement sont possibles: «Il nous est arrivé de placer un réfugié dans une maison où il devait partager la salle de bains avec les enfants.»

«L’engagement va beaucoup plus loin que la simple mise à disposition d’un espace»

Entre le moment où une famille dépose une proposition d’accueil et celui où elle reçoit un requérant, un à deux mois se passent. L’OSAR analyse les données et prend contact avec les intéressés. Elle transmet les offres sous une forme anonyme aux autorités cantonales chargées de l’hébergement des requérants d’asile. Ces dernières sélectionnent les réfugiés appropriés parmi ceux qui étaient jusqu’à présent pris en charge dans des centres de transit, en fonction de l’offre de logement. Enfin, les réfugiés et les hôtes potentiels se rencontrent une première fois. Un à deux jours de réflexion, puis les futurs cohabitants décident s’ils veulent se lancer ensemble dans le projet.

Autre condition de l’OSAR: être propriétaire ou, «si un locataire souhaite accueillir un migrant, nous demandons l’autorisation écrite de son propriétaire». Les familles d’accueil font un contrat de bail avec le requérant. Un montant leur est alloué selon les barèmes de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM). «Pour une chambre de taille moyenne, une somme de 500 francs (plus les charges) est versée.» L’OSAR ne déplore aucun cas d’hôtes privilégiant l’aspect financier de l’accueil. «L’engagement va beaucoup plus loin que la simple mise à disposition d’un espace. On leur demande de consacrer du temps à l’intégration du réfugié et, pour cela, aucune rémunération n’est convenue!» Dimitri Juvet et sa famille comprennent le terme d’accueil au sens large. «Nous souhaitons partager les repas, intégrer notre hôte auprès de nos amis: vivre ensemble, tout simplement!» Quant à la langue, «sûrement que la personne ne parlera pas français. On se débrouillera en anglais.»

«Si l’on commence à venir vérifier tout ce que l’on a chez nous, ça refroidit. Je souhaitais simplement aider»