Réuni jeudi soir, le Conseil fédéral s'est informé de l'état de la crise financière sur la base d'une analyse détaillée présentée par la BNS, la Commission fédérale des banques (CFB) et le Département des finances. Il se dit «préoccupé», mais constate que la BNS et la CFB ont pris les mesures nécessaires. «Mais nous continuons de suivre l'actualité de près», promet Eveline Widmer-Schlumpf, ministre des Finances suppléante.

Déçus que le Conseil fédéral et la droite du parlement refusent de prendre d'autres mesures préventives, les socialistes et les Verts ont fait le forcing pour qu'une session extraordinaire soit consacrée à ce sujet. Les 61 signatures réunies suffisent pour exiger la convocation de cette séance. Le bureau du Conseil national va devoir l'organiser d'ici à décembre. Il ne sera pas facile de trouver une date qui convienne aux 200 conseillers nationaux. Il n'est donc pas exclu que ce débat ait lieu au tout début de la session ordinaire d'hiver.

Protéger les épargnants

Pourquoi une session spéciale? Pour les socialistes, il ne faut pas simplement «regarder le train passer». Lors de ce débat extraordinaire, le PS espère faire passer trois mesures. Premièrement, la protection des dépôts en Suisse doit être augmentée de 30000 francs à 100000 francs par dépositaire et le chiffre global maximal de la protection des dépôts, fixé à 4 milliards, doit être augmenté. Deuxièmement, les prescriptions des fonds propres des banques doivent être renforcées. Troisièmement, la surveillance des marchés doit être plus performante.

En plus du renforcement de la surveillance et des fonds propres, les Verts exigent aussi des «cautèles supplémentaires pour certains produits financiers», explique la conseillère nationale vaudoise Adèle Thorens. Autre piste explorée: «Il faudrait voir si l'on peut faire une séparation claire entre les activités spéculatives à problèmes et les activités économiques réelles des banques», poursuit-elle. La politique de placement des caisses de pension devrait aussi être revue.

L'idée de cette session spéciale est accueillie froidement à droite. L'adoption de mesures préventives laisse Guy Parmelin (UDC/VD) perplexe. Et le renforcement de la protection des épargnants telle qu'elle est proposée risque d'être mal reçue par les banques cantonales ou régionales qui ne sont pas concernées par le problème, sans oublier qu'il risque de déboucher sur une décotation des banques.

Pirmin Bischof (PDC/SO) doute lui aussi de l'utilité de cette session. «Cela peut même être dangereux, car cela peut créer l'illusion que la politique peut résoudre la crise, ce qui n'est pas le cas», commente-t-il. Il estime pourtant qu'il faut agir en faveur des épargnants. Il a déposé une motion qui demande également de relever de 30000 à 100000 francs la protection des dépôts. Il souhaite de surcroît améliorer la protection de l'épargne du troisième pilier. Mais il n'y a pas besoin de convoquer une session spéciale pour cela, juge-t-il.