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Une stratégie nationale contre la résistance aux antibiotiques

Un nombre croissant de bactéries sont devenues résistantes aux antibiotiques. «L’antibiorésistance», considérée comme un problème de santé publique majeur, concerne aussi bien la médecine humaine que vétérinaire, et l’agriculture

Problème majeur de santé publique, la résistance aux antibiotiques va faire l’objet d’une stratégie nationale. Une procédure d’audition touchant la médecine humaine et vétérinaire a été lancée lundi par les départements concernés.

Ce projet, lancé par le Département fédéral de l’intérieur (DFI) et le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), est soumis aux cantons et aux milieux intéressés jusqu’au 15 mars.

Le développement des antibiotiques constitue l’une des plus grandes avancées de la médecine. Avec ces médicaments, il est possible de traiter des pathologies graves, comme la pneumonie ou la septicémie, dont l’issue se révélait souvent fatale auparavant.

Mais «à chaque fois qu’on administre un antibiotique, les bactéries développent des résistances, c’est naturel», a déclaré devant la presse à Berne Daniel Koch, responsable de la division Maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique. Et du fait d’une utilisation excessive et parfois inappropriée, un nombre croissant de bactéries sont devenues résistantes. Le problème concerne aussi bien la médecine humaine que vétérinaire et l’agriculture.

Le Conseil fédéral a donc inclus la lutte contre la résistance aux antibiotiques dans les priorités de sa stratégie «Santé2020». L’une des principales mesures consiste en la surveillance systématique multisectorielle de l’antibiorésistance dans les domaines de l’être humain, des animaux, de l’agriculture et de l’environnement.

Réduire la consommation

Il faut en outre améliorer la prévention afin de garantir à long terme l’efficacité de ces médicaments. En effet, plus on empêche le développement de maladies infectieuses, moins il est nécessaire de recourir à une antibiothérapie. La mise en œuvre systématique de mesures d’hygiène dans les hôpitaux et les soins ou des conditions d’élevage optimisées dans l’agriculture, notamment, constituent des instruments pour y parvenir.

Il est également important d’éviter que des antibiotiques soient utilisés de façon inappropriée, ont encore relevé les responsables. Ainsi, les infections des voies respiratoires, souvent de nature virale, sont pourtant fréquemment traitées, à tort, avec ces médicaments.

Pour limiter cette pratique, il convient de développer de nouvelles méthodes de diagnostic visant à distinguer rapidement et clairement les maladies virales et bactériennes, seules les secondes étant à traiter aux antibiotiques.

Il est aussi envisagé d’imposer des directives contraignantes sur la prescription, la remise et l’utilisation des antibiotiques pour en diminuer la consommation. Le renforcement de la sensibilisation et de la formation des professionnels ainsi que l’information de la population constituent un autre pilier de la stratégie.

Les principaux acteurs et groupes d’intérêts – cantons, sociétés spécialisées, groupes d’experts, industrie, branches et fédérations – ont été impliqués dès le départ dans l’élaboration de la stratégie. Ils seront amenés à jouer un rôle de premier plan lors de sa mise en œuvre.

En médecine humaine par exemple, une grande partie de la responsabilité de prescription se situe chez les médecins. C’est pourquoi une collaboration étroite est prévue dans ce processus avec les sociétés médicales spécialisées qui rédigeront les directives à l’intention de leurs membres, a encore relevé M. Koch.

Enfin, le Centre suisse pour le contrôle de l’antibiorésistance (anresis.ch) verra ses compétences renforcées et élargies. Un réseau de laboratoires de référence est également prévu. La mise en œuvre est prévue dès 2016.

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