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23h55 jeudi 15 décembre. Après trois jours de débats très tendus, le parlement neuchâtelois vote le budget 2017 du canton. Le ministre des Finances Laurent Kurth esquisse un petit sourire, le président Jean-Nat Karakash applaudit et la ministre Mo...
© Jean-Christophe Bott, Keystone

Finances

Dans une tension extrême, Neuchâtel se dote d'un budget 2017

Adopté vers minuit, jeudi, ce budget consensuel affiche un déficit d'environ 50 millions de francs. 71 députés ont estimé plus responsable de voter une copie très imparfaite plutôt que le chaos d'un canton sans budget

Le canton de Neuchâtel et son gouvernement comptant trois socialistes et deux PLR peuvent être soulagés. Jeudi soir, juste avant minuit, après trois jours de débats dans une tension politique extrême, le Grand Conseil a accouché au forceps du budget 2017. Parce que son déficit de 50 millions déroge aux exigences du frein aux dépenses, le budget devait être validé par une majorité qualifiée des trois cinquièmes. Soit 69 députés sur 115.

Même si les élus estiment la copie finale mauvaise, décevante et affirment avoir dû avaler de nombreuses couleuvres, 71 députés ont jugé plus responsable de voter le budget plutôt que de cautionner le chaos politique d’un canton sans budget. Ces 71 parlementaires sont 32 des 36 PLR-PDC, 31 des 33 socialistes, 4 des 5 Vert’libéraux, 3 Verts et un popiste. Le groupe UDC a unanimement rejeté le texte, comme une majorité de PopVertsSol.

Les appels répétés de Laurent Kurth

Si le budget est validé, c’est donc grâce au vote inattendu de 4 représentants des petits partis de gauche. En raison de défections dans leurs rangs – au final toutefois moins nombreuses que prévu –, les deux partis gouvernementaux PS et PLR, auxquels PVL apportait son soutien, n’auraient pas réussi à eux seuls à faire passer le budget.

A d’innombrables reprises, s’adressant tantôt au bloc de droite, tantôt à celui de gauche, le ministre des Finances Laurent Kurth a multiplié les appels à la responsabilité: «Vous avez, collectivement et individuellement, la responsabilité du fonctionnement des institutions de l’année qui vient. Si, dans une année électorale forcément perturbée, les institutions sont branlantes, c’est la confiance dans l’Etat qui est mise en danger», a-t-il clamé, osant évoquer une probable «déliquescence» en cas de refus du budget. Objets réguliers de débats houleux et opposant frontalement les blocs de droite et de gauche, les budgets passent finalement la rampe. Mais jamais la tension n’avait été autant exacerbée qu’en ce mois de décembre 2016.

Lire aussi: Faute de compromis, Neuchâtel n’a pas encore de budget 2017

Au départ, en raison d’une chute des recettes (impôt des entreprises et péréquation intercantonale), le gouvernement a présenté un budget avec un déficit de 69 millions, accompagné d’un programme d’économies à 100 millions, dont les effets se déploieront d’ici à 2019. La commission parlementaire des finances, dominée par la majorité parlementaire PLR-UDC, a imposé son diktat consistant à comprimer les dépenses et à faire passer une réduction symbolique de la fiscalité. Sacrilège pour la gauche, qui a multiplié de son côté les amendements pour s’opposer aux coupes et exiger de nouvelles recettes.

L’infinie patience du gouvernement

Le débat en plénum parlementaire, chaotique et de piètre niveau, a consisté pour chaque camp à tenter de faire passer en force ses formules dogmatiques.

Avec une infinie patience, le gouvernement a cherché des compromis, exigeant de la droite qu’elle admette une hausse de la valeur locative et de la taxe sur les gains immobiliers. La gauche a dû, souvent contre son gré, avaler des coupes dans les subventions sociales. Elle est parvenue à sauver les subventions culturelles.

Chaque amendement a été un combat présenté comme décisif, avec à la clé la menace de ne pas voter le budget. Jusqu’à l’ultime décision, qui concernant l’ampleur de la réduction de l’enveloppe globale des subventions. Retenant la formule du député PLR Andreas Jurt affirmant que le budget resterait acceptable si le canton ne devait pas emprunter pour son fonctionnement, limitant ainsi le déficit à 50 millions, le Conseil d’Etat a fixé le dernier coup de canif à 2,7 millions. Loin des 28 millions exigés au départ par le PLR et l’UDC, encore trop pour une gauche allergique aux coupes sociales.

Majorité de hasard

Au retour de la dernière interruption de séance, le pessimisme était de mise. Il manquerait forcément des voix. Dans un sursaut républicain, certains députés socialistes et PLR ont suivi la recommandation du Vert’libéral Mauro Moruzzi: «Nous avons le choix entre un très mauvais budget et pas de budget. Ne pas voter le budget revient à nous discréditer.»

A minuit moins cinq, Neuchâtel obtenait un budget 2017 rouge très vif, adopté in extremis par une majorité de hasard. Si l’écart par rapport au frein aux dépenses (il exige que le déficit n’excède pas 1% des dépenses considérées, soit 19 millions) est toléré par la loi, en situation de crise, deux fois consécutivement, le canton ne pourra pas faire l’économie d’un redressement de sa trésorerie, au plus tard en 2019.

Lire aussi: Pourquoi le Grand Conseil neuchâtelois achoppe sur les questions financières


Commentaire

Un budget qui ne résout rien

Le soulagement politique prévaut à Neuchâtel. Non sans se couvrir parfois de ridicule, le Grand Conseil, à tout le moins 71 des 115 députés, a eu, au bout de la nuit, un sursaut responsable pour ne pas plonger le canton dans le chaos. Car sans budget, tout s’arrête, alors que le Conseil d’Etat multiplie les projets pour relancer un canton aux prises avec des dynamiques contradictoires, souvent négatives.

Ce budget de crise ne résout toutefois rien. Le canton de Neuchâtel a un problème de déficit structurel, nié par une part de la classe politique. Son organisation et les prestations qu’il sert dépassent ses moyens. Longtemps remis à plus tard, l’assainissement est une priorité.

L’accord budgétaire arraché grâce à quatre courageux députés verts et popistes ne saurait, par ailleurs, cacher la paralysie d’un parlement miné par les intérêts partisans. Tout autant que la situation financière peu reluisante, le débat budgétaire a mis en lumière l’inaptitude du Grand Conseil à saisir l’intérêt général. La proximité des élections cantonales a exacerbé le cavalier seul des partis, arc-boutés sur leurs thèmes spécifiques.

Sous l’impulsion d’un gouvernement volontariste, Neuchâtel a fait des pas en avant en quatre ans. Le renouveau neuchâtelois passe par une révolution culturello-politique du Grand Conseil.

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