Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La réserve de la Grande Cariçaie, sur la rive sud du lac de Neuchâtel, a été créée au moment de la précédente correction des eaux du Jura.
© Keystone / LAURENT GILLIERON

Environnement

«Une troisième correction des eaux du Jura ne servira à rien contre la sécheresse»

La région des Trois-Lacs, potager de la Suisse, manque d’eau. Si l’agriculture et les cantons prônent une nouvelle correction des eaux du Jura pour faire face à la croissance démographique et au réchauffement, des organisations de protection de la nature contestent

«Avec une troisième correction des eaux du Jura, on ne fait que repousser le problème: dans vingt ans, la région des Trois-Lacs sera dans la même situation», affirme Roman Hapka, le responsable romand de la Fédération pour la protection et l’aménagement du paysage. Cette organisation se montre, comme d’autres milieux de protection de la nature, très sceptique face au grand projet envisagé pour remédier à l’approvisionnement en eau déficient de la région.

Ce projet envisage de créer de nouveaux réseaux d’irrigation et de réaliser un important aplanissement des sols, pour un coût de près de 1 milliard de francs. Son but: remédier aux périodes de sécheresse toujours plus fréquentes en irriguant en suffisance les cultures agricoles. «Mais la sécheresse ne va pas aller en s’améliorant et la population n’est pas près de décroître, argumente Roman Hapka. Par ailleurs, les précédentes corrections des eaux du Jura n’ont pas été que bénéfiques: les anciennes zones marécageuses ont été trop asséchées et la nappe phréatique abaissée. Ainsi, lorsque les pluies se font rares, les terres manquent rapidement d’eau.»

Lire aussi: Contre la sécheresse en Suisse, un méga-projet d’irrigation

Un projet futur ne doit pas répéter les erreurs du passé, abonde François Turrian, directeur romand de BirdLife Suisse. L’association pour la protection de la nature et des oiseaux a un avis très tranché. «Si ce projet est uniquement dédié à l’irrigation des champs agricoles, il est voué à l’échec», lâche le défenseur de la faune. Pour lui, pas question que la nature soit la grande perdante d’un tel projet. La protection de celle-ci doit autant être prise en compte que les intérêts des agriculteurs.

De nouveaux systèmes de pompage nuiraient à l’écosystème

François Turrian et Roman Hapka rappellent que la région des Trois-Lacs abrite le plus grand marais lacustre de Suisse, la Grande Cariçaie, habitat d’innombrables espèces végétales et animales. Il a certes été créé après la seconde correction des eaux, mais l’aménagement de nouveaux systèmes de drainage et de pompage nuirait à la faune et à la flore qui y sont désormais implantées.

Pour Roman Hapka, il ne convient pas d’adapter le milieu aux conditions actuelles, mais les cultures à celles-ci. Concrètement, il faudrait miser sur des types de légumes et de fruits plus résistants. Les grandes cultures de la région, telles que pommes de terre, maïs, betteraves ou céréales, sont «très gourmandes en eau». Un jour chaud d’été sans or bleu et les patates ont mauvaise mine. Les instituts agronomiques s’attellent d’ailleurs depuis plusieurs années à développer des cultures plus robustes.

Le système d’arrosage idéal reste à trouver

D’autres pistes sont déjà testées, comme l’arrosage individuel des plantes en lieu et place de l’arrosage à grande échelle, illustre Roman Hapka. Si cette technique a l’avantage de minimiser l’évaporation d’eau et donc d’être plus efficace, elle demande toutefois plus de temps et de main-d’œuvre.

Notre inverview de Martin Killias: «Les sites d’intérêt national sont en danger»

La Haute Ecole spécialisée de Berne est, elle, en train d’évaluer un système économique de distribution d’eau. Il s’agit d’une sonde composée d’une partie extérieure ressemblant à une boîte en aluminium récoltant l’eau de pluie et d’une tige plantée dans le sol. Cette dernière mesure la température et l’humidité à différents niveaux dans la terre. Grâce aux informations fournies par l’instrument, les agriculteurs peuvent retarder le moment de l’arrosage et économisent ainsi les ressources en eau.

ONG invitées par le comité lobbyiste

C’est une étude lancée en 2014 par l’ingénieur bernois Peter Thomet, président de l’association Pro Agricultura, qui a mis le doigt sur des infrastructures déficientes en matière d’approvisionnement en eau dans la région des Trois-Lacs. Elle a été financée par des organisations paysannes, le WWF, la Confédération et les cantons de Berne, Fribourg et Vaud. Un comité mené par Peter Thomet propose une troisième correction des eaux comme solution. Cette idée sera présentée le 16 novembre à Morat aux communes, aux cantons, à la Confédération, aux milieux économiques et agricoles ainsi qu’aux associations de défense de la nature. Bien que ces dernières jugent ce projet flou pour l’instant et qu’elles n’aient pas encore vu d’invitation, elles comptent faire valoir leurs arguments. Face à un tel projet, «il est nécessaire de discuter des différentes options», chacun – agriculture et nature – devant y trouver son compte.

Il y a cent cinquante ans, la région des lacs de Neuchâtel, Morat et Bienne, située entre les cantons de Vaud, Berne, Fribourg et Neuchâtel, avait connu une première correction des eaux (1868-1875), une zone alors marécageuse propice à l’expansion d’épidémies et du paludisme. Une deuxième avait suivi entre 1962 et 1972. Ces deux corrections ont consisté en la construction de canaux et la baisse du niveau des lacs. Elles ont permis d’assécher les marais et de limiter les risques de crue dans cette région traversée par l’Aar.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a