Budget 2017

Une tuile neuchâteloise à 100 millions

La brutale réduction de la péréquation intercantonale et des rentrées fiscales des entreprises provoque un manque à gagner de 100 millions pour un canton déjà en peine avec ses finances. Au budget 2017 déficitaire à hauteur de 69 millions, le Conseil d’Etat joint un programme d’économies de 100 millions, 5% des charges

L’annonce solennelle faite mardi par le président du gouvernement neuchâtelois Jean-Nat Karakash devant le Grand Conseil a fait l’effet d’une bombe: comme en 2005, le canton est face à un trou financier de 100 millions. C’était dû à une gestion calamiteuse et à l’impossibilité de faire des réformes à l’époque; c’est lié à une chute brutale des recettes en 2016.

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A l’appui d’un budget 2017 au déficit de 69 millions, bien au-delà des exigences du frein à l’endettement (qui limite toute perte à 1% des revenus déterminants, soit 18 millions), le gouvernement neuchâtelois a précisé ses intentions jeudi. Un exécutif dominé par les «deux K», le président Karakash et le ministre des Finances, Laurent Kurth.

Rentrées fiscales et RPT en chute

Les explications: alors qu’il maîtrise ses dépenses, avec une stabilité voire une réduction des charges de personnel et des biens, services et marchandises, le canton de Neuchâtel enregistre une baisse de 35 millions de l’impôt des entreprises (de plus de 200 à 170 millions de 2014 à 2017) et de 65 millions d’argent fédéral au titre de la péréquation intercantonale; 25 millions en 2016 et 40 millions en 2017.

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C’est non seulement une tuile pour 2017, mais selon Laurent Kurth, aucun retournement de situation favorable n’est à escompter avant 2020.

Réduire 5% des charges

Le remède préconisé par le gouvernement bipartite (3 PS et 2 PLR): un programme d’économies à 100 millions, à concrétiser jusqu’en 2020, avec de premiers effets dès 2017. 100 millions, c’est 5% des charges. Avec cet avertissement du grand argentier: «Un redressement plus rapide n’est pas possible ni raisonnable, l’Etat a des responsabilités, de cohésion et sociales. Nous n’entendons pas fracasser ce canton.»

Et Jean-Nat Karakash de renchérir: «La situation impose des mesures difficiles, d’adapter nos standards et nos structures à la réalité de nos moyens. Il faut agir avec courage, détermination et célérité, sans céder à la sinistrose. Il faut savoir aussi que Neuchâtel conserve ses atouts, qui ne disparaissent pas avec les recettes fiscales. Nous avons tout fait pour inverser les dynamiques négatives depuis trois ans, nous voulons conserver ce trend.» En ne réduisant pas les investissements, en conservant à l’agenda les grands projets comme la réforme de l’hôpital, le nouvel hôtel judiciaire, le programme de mobilité, routier et ferroviaire.

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Quatre piliers

Le programme d’économies à 100 millions repose sur quatre piliers: 40 millions de réductions des subventions dans tous les domaines (transports, formation, santé, institutions, facture sociale); 10 millions de compression de la masse salariale, avec la suppression de 60 postes dans l’administration (sur près de 2500), hausse de l’horaire hebdomadaire de 40 à 41 heures et diminution de 2,5% des salaires des ministres et des magistrats; 25 millions de charges transférées aux communes (en réalité, 3 à 4 millions, car les communes profiteront aussi des mesures d’économies); le report sine die de la deuxième étape de la diminution de la fiscalité des personnes physiques, avec une économie de 28 millions par an. En matière de fiscalité, le gouvernement veut augmenter l’impôt foncier de 2 à 2,4 pour mille (plus 1,6 pour mille de part communale).

A six mois des élections, le gouvernement transmet la patate chaude au Grand Conseil, appelé à valider ou amender le programme dans une session de début décembre de tous les dangers. Le gouvernement prévient: sans consensus autour du programme d’économies, le déficit dépassera les 120 millions en 2018 et 2019 (les 69 millions annoncés pour 2017 n’incluent pas encore de nouvelles économies). La loi imposera alors une hausse automatique de l’impôt.

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