Migration

Une unité spéciale pour lutter contre les passeurs basée à Lugano

1342 passeurs ont été arrêtés en Suisse l’an dernier, dont 139 au Tessin. Selon Fedpol, il s’agit en grande partie de Suisses

Une unité spéciale basée à Chiasso

«Ils l’ont laissée seule dans la forêt, sans rien. Ils lui ont piqué tout son argent.» C’est une habitante de Vallorbe qui évoque une jeune requérante africaine abandonnée à son arrivée en Suisse par des passeurs. La Suisse n’échappe pas aux réseaux de trafiquants. Elle veut désormais passer à la vitesse supérieure pour lutter contre les passeurs internationaux, grâce à une «task force» basée à Chiasso.

Le «Groupe interforce pour la répression des passeurs» (GIRP), c’est son nom, est composé de policiers tessinois, de gardes-frontière, de collaborateurs de la police fédérale Fedpol, et des autorités judiciaires. Contactée, Fedpol renvoie à la police cantonale tessinoise. «Car la lutte contre les passeurs est de compétence cantonale», précise la porte-parole, Catherine Maret. C’est bien l’officier de la police cantonale tessinoise responsable de la coopération policière internationale, également coordinateur suisse du Centre de coopération policière et douanière de Chiasso actif dans l’échange d’informations de police entre la Suisse et l’Italie, qui dirige le groupe. Son nom: Christophe Cerinotti. «Le groupe pourra compter sur l’appui d’un officier de liaison de la police fédérale allemande et d’un enquêteur de la police italienne», précise-t-il.

Surtout des Suisses

La police cantonale tessinoise a ouvert ses premières enquêtes sur des passeurs, en collaboration avec le Corps des gardes-frontière, en décembre 2013. C’est à partir de ce moment-là que la nécessité de créer une unité spéciale, avec les ressources nécessaires, est apparue, précise Christophe Cerinotti. Son but: bloquer l’action des passeurs, mais surtout les arrêter en flagrant délit et les condamner. Des migrants arrivés en Suisse seront-ils interrogés pour faciliter certaines arrestations? «Le travail d’enquête judiciaire dans ce domaine consistera à avoir une vision à 360 degrés. Les versions des migrants seront certainement un des aspects que le GIRP affrontera car les personnes qui ont vécu directement ces voyages sont une source importante d’informations», commente Christophe Cerinotti.

Dans son dernier rapport, Fedpol rappelle que le trafic des migrants est l’une des formes les plus rentables de criminalité, étroitement liée au blanchiment d’argent, au trafic de stupéfiants ainsi qu’aux vols et brigandages. Une des tendances actuelles est le «passage de frontières garanti», précise Fedpol. Pour y parvenir, des mariages fictifs, notamment, sont organisés par ces groupes, qui opèrent avec des documents falsifiés ou contrefaits.

Les condamnations ont été rares en Suisse ces dernières années. 1342 passeurs ont pourtant été arrêtés en Suisse en 2014, dont 139 au Tessin. Des chiffres qui étaient de respectivement 1260 et 113 une année auparavant. Fedpol précise que les trafiquants sont en grande partie des citoyens suisses et des réfugiés reconnus qui ont la même origine ethnique que les migrants.

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