Une vendetta fait 25 victimes

Fribourg Une guerre de clans est à l’origine de l’homicide de Frasses

Le 11 mai 2013, deux hommes abattaient un père de famille sous les yeux de sa femme et de ses quatre enfants à Frasses, avant de prendre la fuite. L’instruction ouverte suite à l’homicide survenu dans ce petit village fribourgeois est désormais close.

Détenus en Suisse depuis 2013, deux hommes kosovars sont soupçonnés de complicité d’assassinat et devront comparaître devant le Tribunal pénal de la Broye. A l’époque déjà, la piste d’une guerre entre familles rivales du Kosovo semblait se dessiner. Aujourd’hui, les policiers en sont convaincus et concluent à une véritable vendetta, qui aurait fait 25 victimes au total.

«Pour mener à bien l’enquête, trois agents de la police fribourgeoise ont établi des contacts sur place au Kosovo avec les autorités», explique Fabien Gasser, procureur chargé de l’affaire.

Les causes du conflit semblent remonter à la guerre d’indépendance du Kosovo, en 1999. En 2000, il fait une première victime, un vétéran de l’armée de libération (UCK). Depuis, d’autres crimes se sont enchaînés, tous commis au nom d’un code d’honneur antique.

Ce conflit entre deux clans a du reste pris une ampleur nationale face à laquelle la police, les tribunaux et la socié té kosovars sont impuissants. En septembre 2013, le commanditaire soupçonné ­du crime a d’ailleurs lui-même été abattu au Kosovo. «Pour le ­moment, les 24 homicides per­­pé­trés au Kosovo n’ont fait l’objet d’aucune inculpation, détaille ­Fabien Gasser. Nous espérons qu’une première enquête suisse suivie d’interpellations puisse freiner certaines velléités», c’est-à-dire prévenir que d’autres actes de vengeance soient commis sur territoire suisse.

Assassins non identifiés

Vieille de quinze ans, cette rivalité a entraîné la mort d’au moins 15 personnes provenant des deux familles entre les années 2000 et 2014 , sans compter le décès d’une dizaine d’autres personnes apparentées.

Initialement, il était reproché aux deux prévenus arrêtés en Suisse d’être à l’origine des quinze coups de feu qui ont tué la victime de Frasses, thèse qu’ils ont toujours contestée. «Aucun témoin n’a pu identifier les tireurs et nous ne disposons ni d’aveux, ni de témoignages», explique le procureur.

C’est pourquoi Fabien Gasser a retenu une seconde hypothèse selon laquelle le meurtre aurait été commis par deux autres personnes inconnues. Les deux accusés sont quant à eux soupçonnés de leur avoir fourni des armes, de les avoir conduits à proximité du lieu du meurtre, assurant ensuite leur fuite avant de les aider à se débarrasser de leurs armes.

Une procédure contre les deux assassins non identifiés demeure en l’état ouverte. L’enquête n’a pas permis de déterminer l’implication de la victime dans les crimes commis au Kosovo. Les autorités ignorent même si elle était bel et bien la cible recherchée par les assassins.

Qualifié de vendetta, ce genre de drame peut impliquer plusieurs dizaines, voire centaines de personnes. Dans cette affaire, les clans, se substituant aux autorités, poursuivent la vengeance d’une injure ou d’un meurtre par le meurtre lui-même, qui se transmet de génération en génération.