Lausanne, Maison du Peuple, salle Jean-Jaurès. Le décor est planté. Au huitième étage se trouve la caisse de chômage d’Unia. Neuf niveaux plus bas, un trio formé d’anciens secrétaires du syndicat ne ménage pas son ancien employeur, l’accusant de faire régner un climat de terreur au sein de sa section cantonale.

«Un management qu’on peut qualifier d’autocratique, une incapacité à tolérer la moindre diversité d’opinion au sein de ses murs.» Ces mots sont lâchés par Anaïs Timofte. La présidente du Parti ouvrier populaire vaudois (POP-Vaud) a convié jeudi la presse afin d’annoncer le dépôt d’une requête auprès du Tribunal des prud’hommes pour licenciement abusif. Elle est entourée de Komla Kpogli et de Laurent Tettamanti qui estiment également avoir cessé leurs relations de travail avec Unia dans des circonstances discutables. Le premier assure avoir été poussé l’année dernière à la démission, tandis que le second affirme avoir été remercié sans justes motifs en 2019.

«Un régime de peur généralisée»

Maniant fort bien le verbe, les trois syndicalistes dessinent avec minutie pendant plus d’une heure un tableau alarmant qui ne peut qu’interpeller, son sujet étant une organisation de défense des intérêts des travailleurs et des travailleuses. Pour Anaïs Timofte, il règne derrière les murs d’Unia, au 4 de la place de la Riponne, «un régime de peur généralisée».

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Il règne, ou, plus exactement, il régnait. L’imparfait s’impose puisque, le 10 juin 2020, la jeune femme a appris son licenciement, moins d’un an après son engagement. La section régionale a de surcroît depuis changé de responsable puisque Arnaud Bouverat a succédé en début d’année à Yves Defferrard. Ce dernier a, pour sa part, récemment rejoint le comité directeur national d’Unia, une élection que le trio juge évidemment regrettable. «Ces gens, non seulement, ils restent en place, mais en plus, ils sont promus», commente Komla Kpogli.

Unia conteste

Comme c’est souvent le cas dans ces affaires de plus en plus souvent étalées au grand jour, difficile de se forger une opinion sur les véritables motifs qui sont à l’origine du licenciement de la syndicaliste. Manque d’intégration dans l’équipe, participation à une séance d’un autre syndicat créé par Laurent Tettamanti après son départ, voire soutien marqué à la candidature du camarade Komla Kpogli à la succession d’Yves Deferrard… Autant d’éléments qui semblent avoir été évoqués, puis parfois retirés, par la direction de l’époque, à en croire deux procès-verbaux fournis par la plaignante.

Interpellé, Unia ne nous aidera pas. Tout en contestant formellement dans un mail «toute référence à de prétendus licenciements abusifs et à un management dictatorial», le service de communication du syndicat indique ne pas pouvoir se prononcer «pour des raisons de la protection de la personnalité des personnes impliquées».

Le dernier mot à la justice

Pas plus d’informations donc sur les conditions du départ de Laurent Tettamanti qui était, jusqu’en 2019, chargé du secteur des électriciens. Ni sur celui de Komla Kpogli. Responsable du secteur tertiaire dans la région de La Côte, celui-ci visait la tête de la section régionale. Il avait à cet effet élaboré un programme de campagne axé autour d’un renforcement de la démocratie syndicale, d’un management respectueux des employés d’Unia et de l’indépendance du syndicat vis-à-vis des partis politiques.

On nous demande d’être des loups à l’extérieur, quand il s’agit de négocier, et des agneaux à l’intérieur

Komla Kpogli, ancien secrétaire syndical chez Unia Vaud

A en croire son récit, sa mobilisation pour dénoncer le licenciement de la présidente du POP lui a coûté cher. Convoqué à Berne, victime de pressions, de «fouilles dans sa vie privée», il finit par se mettre en arrêt maladie, puis démissionne en décembre 2020. «On nous demande d’être des loups à l’extérieur, quand il s’agit de négocier, et des agneaux à l’intérieur», dénonce le syndicaliste.

Très remonté, l’ancien secrétaire d’Unia ne cache pas qu’il témoignera en faveur d’Anaïs Timofte devant le tribunal. Selon le droit du travail suisse, ce sera en effet à la plaignante qu’incombera le fardeau de la preuve. Celle qui assure mener ce combat pour mettre un terme aux pratiques mises en cause devra démontrer que son renvoi repose sur des motifs infondés.

Indépendamment de l’issue judiciaire de cette affaire, il appartiendra au nouveau secrétaire régional, Arnaud Bouverat, de ramener le calme au sein de la section vaudoise d’Unia. Sans pouvoir évoquer le fond du dossier, celui-ci conteste avec virulence un fonctionnement autoritaire du syndicat. Il rappelle notamment que ce sont les militants, via les congrès et les assemblés des délégués, qui fixent les objectifs de l’organisation et élisent leurs représentants.

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