United Tribuns étend ses tentacules en Suisse

Gangs Le groupe lié au crime organisé en Allemagne installe des filiales en Suisse

La police fédérale s’alarme d’un regain d’activité des bandes

Bras gonflés, regards durs, crânes rasés, strip-teaseuses et tatouages: le groupe United Tribuns joue avec les codes et les références jusqu’à la caricature. Dans un clip visible sur YouTube, plusieurs dizaines d’hommes, tous vêtus d’un blouson noir, se tiennent ­alignés derrière un chanteur qui prône honneur, fraternité et amitié sur des rythmes empruntés au rap.

La chanson évoque les visées ­expansionnistes du groupe en Suisse: «Réfléchis-y à deux fois avant de parler avec nous […] Nous voulons le pouvoir […] Inch’Allah chaque canton deviendra un chapter.» La SonntagsZeitung s’est fait l’écho dimanche de la ­présence en Suisse de ce groupe originaire d’Allemagne, composé principalement de jeunes immigrés des Balkans, qui a tenu son premier rassemblement à Wil (Saint-Gall), début mars. L’organisation a ouvert des «chapitres» (filiales) à Zurich, Bâle, Saint-Gall et Aarau, selon le dominical. En Suisse romande, nulle trace à ce jour des United Tribuns.

Groupe de rap? Gang de motards? Mouvance fasciste? Difficile d’identifier les United Tribuns au travers des images qu’ils diffusent sur Facebook ou YouTube. Ce groupe, contrairement aux Hells Angels, n’est pas connu du grand public en Suisse. Son nom n’est par contre pas étranger aux agents de police. Fondé en 2004 dans le Bade-Wurtemberg par un ancien boxeur de Bosnie nommé Almir Culum, alias Boki, le groupe des United Tribuns réunit des videurs de boîtes de nuit et des amateurs de bodybuilding et de sports de ­combat. «Ils sont en tout point similaires aux Hells Angels, mais sans motos», explique le porte-parole de la police judiciaire du Bade-Wurtemberg, Ulrich Heffner.

Les United Tribuns se définissent eux-mêmes comme une confrérie. Leur slogan: «Dieu nous ­préserve de nos amis. Nous nous occupons nous-mêmes de nos ennemis.» Pour la police allemande, il n’y a pas de doute, c’est une or­ganisation criminelle. Leur chef, Almir Culum, connu aussi bien pour sa violence que pour son amour des Ferrari, exploitait plusieurs maisons closes à Villingen-Schwenningen, avant qu’une rafle de la police ne le fasse fuir dans son pays d’origine, en Bosnie, en 2009. Sous mandat d’arrêt international, il vivrait aujourd’hui à Sanski Most, petite ville de quelque 25 000 habitants. Au Bade-Wurtemberg, les membres de ­l’organisation survivent à son absence. «Ils sont actifs dans la traite humaine, le trafic de drogues et d’armes. Ils revendiquent le monopole de la violence et ne reconnaissent pas d’autre autorité que la leur. Ils n’ont aucune revendication politique. Il s’agit juste d’argent et de pouvoir», poursuit Ulrich Heffner.

Il en va autrement en Suisse, où l’organisation prend des contours plus flous. Quelques membres de gangs de motards et autres «groupes assimilés» (parmi lesquels les United Tribuns) en Suisse sont impliqués dans des délits tels que ­trafic de drogue ou violence. Cependant, «aucun n’a été condamné pour appartenance à une organisation criminelle», indique un porte-parole de Fedpol, qui précise: «Nous échangeons régulièrement à ce sujet avec les autorités allemandes.»

Dans son dernier rapport, publié la semaine dernière, Fedpol observe en 2013 un regain d’activité parmi ces groupes, très souvent originaires du sud de l’Allemagne. Les adeptes des gangs sont des hommes pour la plupart, majoritairement de nationalité suisse, mais «tant pour les groupes établis que pour les nouveaux groupes, les membres étrangers, notamment d’Europe du Sud-Est et de Turquie, sont en augmentation», indique Fedpol, qui s’alarme du «réservoir de violence» que représentent ces organisations et leurs rivalités mutuelles.

En Allemagne, les règlements de comptes entre gangs rivaux ne sont pas rares et débouchent parfois sur des affrontements mortels. Une douzaine de clubs sont actifs en Suisse, le principal étant les Hells Angels, avec 100 à 200 membres, selon les estimations. Les autorités observent des rivalités entre clubs, mais ces dernières n’ont jamais atteint le degré de violence observé chez leurs voisins. Pour Bashkim Iseni, directeur ­d’Albinfo: «En Suisse, l’ascenseur social fonctionne bien, ce qui atténue le potentiel des phénomènes communautaires violents de ce type.»

«Dieu nous préserve de nos amis. Nous nous occupons nous-mêmes de nos ennemis»