Mariage sur les rives du Léman. Envisagée depuis plusieurs années par la direction des deux Universités de Genève et de Lausanne, longtemps combattue par les fiancés eux-mêmes, l'union se réalise finalement. Dès la rentrée 2000, l'Ecole lémanique des sciences de la terre et de l'environnement réunira les sections correspondantes des deux Facultés des sciences. Dans la corbeille de mariage: deux départements de géologie et de paléontologie, deux départements de minéralogie, un Institut de géophysique (Lausanne) et l'Institut Forel (Genève). Ressources regroupées: un budget de quelque 10 millions de francs.

En mettant ces moyens en commun, l'école créera une masse permettant d'assurer son développement, notamment en favorisant les disciplines émergentes dans les sciences de l'environnement. Un nouveau diplôme d'ingénieur géologue sera créé, plus axé sur les besoins du secteur privé.

Le premier cycle continuera d'être donné sur les deux sites, mais la suite du cursus permettra aux universités de se renforcer dans leurs spécialisations, les sciences de la terre pures et dures à Lausanne, l'environnement à Genève, les Alpes à Lausanne, le Léman à Genève. «Une collaboration importante fonctionnait depuis plusieurs années, mais maintenant nous pourrons faire des choses nouvelles avec des moyens qui restent constants», se réjouit François Grize, doyen de la Faculté des sciences de Lausanne. Le fait que près de la moitié des professeurs atteindront l'âge de la retraite dans les cinq prochaines années permettra de renouveler le corps enseignant conformément aux nouvelles ambitions.

«Nous allons gagner notablement en visibilité, ce qui nous placera en meilleure position pour renforcer notre compétitivité face aux centres alémaniques et la disproportion écrasante de leurs moyens», souligne le géologue lausannois Henri Masson, qui dirigera la nouvelle école pour les deux premières années. Ce spécialiste de la géologie alpine et himalayenne, manifeste envers cette nouvelle étape «un certain enthousiasme».

Il n'en a pas toujours été ainsi. De notoriété publique, les professeurs des deux villes ont longtemps freiné, dans ce domaine comme dans d'autres, la volonté proclamée en 1996 par les recteurs d'aller vers des «établissements communs». L'automne dernier encore, lors d'une journée d'action estudiantine, un enseignant genevois des sciences de la terre rejetait avec dégoût toute fusion avec Lausanne, dont il qualifiait la section de «moribonde». Le départ à la retraite du professeur genevois Jean-Jacques Charollais, président de la section genevoise, est l'un des facteurs qui peut avoir favorisé une nouvelle entente. Mais c'est surtout le traité de partage des sciences exactes survenu entre-temps entre Lausanne, Genève et l'EPFL qui a créé un nouveau contexte.

«La répartition des tâches et leur localisation est beaucoup plus claire pour Genève, qui tenait à garder l'ensemble des disciplines des sciences naturelles», explique le professeur genevois Walter Wildi, vice-directeur de la future école commune. Cette union doit permettre de créer de nouveaux laboratoires de recherche dans des spécialités de pointe. L'Ecole lémanique des sciences de la terre pourrait être le cœur d'une école romande incluant Neuchâtel et sa spécialité en hydrogéologie. Mais ce mariage à trois est musique d'avenir. La haute école neuchâteloise est extérieure à la dynamique de rapprochement qu'entretiennent les deux recteurs sortants de Genève et de Lausanne.