Ce lundi, l’enquête du Temps lève un petit bout du voile sur les «moulins à diplômes» (diploma mills), ces établissements d’enseignement supérieur sans reconnaissance aucune ni accréditation, qui vendent des MBA ou des doctorats sans que l’acheteur ait le plus souvent la nécessité d’étudier pour les obtenir. Nous avons pu constater à la fois la très forte implantation de ces écoles sur Internet, et surtout leur savoir-faire pour maintenir la confusion sur la réalité de leur reconnaissance officielle et de leur offre pédagogique.

Avec un peu d’ironie, il serait même possible de se réjouir. Que plusieurs dizaines de ces pseudo-universités ou que ces simili-écoles de commerce choisissent de vendre une formation made in Switzerland est un bon indicateur de la renommée du système éducatif helvétique, l’un des plus attractifs du monde.

Lire notre enquête: La grande arnaque des moulins à diplômes

Faut-il pour autant être inquiet? Trouvera-t-on un jour sur les plateaux de télévision ou dans les colonnes des journaux suisses un expert diplômé de l’une de ces universités fantômes? C’est possible. Aux Etats-Unis, Alexis Debat, prestigieux consultant pour les plus grands médias américains, tirait son expertise de la très factice Edenvale University. Verra-t-on à l’avenir un politicien ou un haut fonctionnaire entaché par un scandale de faux diplôme? Probablement. La fraude universitaire est vieille comme l’université.

La fraude, vieille comme l'université

Ne soyons pas alarmistes. L’étudiant suisse n’est pas dans la cible de ces écoles de papier, qui draguent une clientèle venue principalement d’Asie et d’Afrique. Le marché est lucratif. En Inde, rappelaient nos confrères du Monde, près de 300 000 aspirants étudiants dépensent entre 6 et 7 milliards de dollars chaque année pour leur scolarité à l’étranger.
Les pouvoirs publics suisses devraient surveiller davantage ce marché alternatif. La loi fédérale sur l’encouragement des hautes écoles et la coordination dans le domaine suisse des hautes écoles (LEHE), entrée en vigueur l’an dernier et qui rehausse la transparence de la formation suisse, va certes dans la bonne direction. Mais ces usines à diplômes continueront de passer sous les radars: leurs créateurs, nous l’avons observé, sont ingénieux pour s’infiltrer dans les failles du système, se créer une légitimité de pacotille et imprégner les organisations d’enseignement traditionnelles par capillarité. Le véritable risque est là.

Au Royaume-Uni, le scandale de corruption et d’immigration illégale au sein de l’Université du pays de Galles, en 2011, en est un exemple tristement emblématique. Cette université vieille de 120 ans, la deuxième du pays, accréditait sans aucun contrôle et moyennant finances des étudiants du monde entier venus d’écoles partenaires, dont un certain nombre d’usines à diplômes asiatiques. L’immigration britannique fut alertée, la justice saisie, la vénérable université galloise démantelée.