Confrontée à un phénomène émotionnel – l'uranium appauvri des bombes de l'OTAN provoque-t-il le cancer? – l'armée suisse prend chaque jour une nouvelle initiative. Elle a décidé ce week-end de faire passer un examen médical obligatoire aux 900 soldats ayant servi dans les Balkans de 1996 à 2000 (400 en Bosnie, 500 au Kosovo), a rapporté le Sonntagsblick dimanche. Les 153 militaires de la Swisscoy actuellement déployés au Kosovo subiront un examen semblable. Vendredi, l'état-major général annonçait qu'un tel bilan médical serait facultatif. La Direction du développement et de la coopération (DDC) effectuera les mêmes examens médicaux, «sur une base volontaire», pour le personnel civil qui a œuvré sur place pour elle ou d'autres organisations, a indiqué son porte-parole Fred Lauener.

«J'ignore pour l'instant quelle forme prendra cet examen (pour les militaires), mais nous allons nous mettre à la tâche dès lundi (aujourd'hui)», explique le porte-parole adjoint de l'état-major général, Felix Endrich. Les 900 soldats seront contactés cette semaine. Par ailleurs, les munitions rapportées comme «souvenirs» – une pratique interdite – devront être remises à l'armée pour contrôle. Une «Hotline»* a été installée pour permettre à toute personne en possession de telles munitions de s'annoncer.

Des «vétérans» de la Bosnie, interrogés par le Sonntagsblick, racontent en effet s'être adonnés à ce qu'ils nomment un «tourisme des ruines», au cours duquel ils ont ramassé des objets pouvant contenir de l'uranium appauvri. Ils disent n'avoir rien su, à l'époque, de la présence possible sur place de cet uranium, faiblement radioactif selon les scientifiques.

Felix Endrich affirme que tous les soldats suisses, avant de partir en Bosnie ou au Kosovo, ont reçu un manuel les informant des dangers encourus dans ces régions. «Ils avaient pour consignes de ne pas pénétrer dans les maisons en ruine, de ne pas s'approcher des véhicules détruits et de ne pas toucher les munitions ou leurs débris, précise le porte-parole. Non seulement nous les avons mis en garde contre le danger des mines mais aussi contre celui des composants chimiques ou atomiques.» Pour Felix Endrich, il n'était pas capital, si tant est que l'armée suisse l'ait su, d'informer les soldats de l'usage d'uranium appauvri par l'OTAN.

Le Sonntagsblick a également interrogé la veuve du capitaine instructeur Bruno B., mort en 1998 après avoir servi en 1996 en Bosnie dans les bérets jaunes. «Il est décédé de leucémie», dit-elle.

La réponse en Irak?

L'inquiétude est vive dans le reste de l'Europe aussi. L'Union européenne et l'OTAN vont se pencher au début de cette semaine sur les cas de maladies et de morts suspectes liées aux opérations de l'OTAN dans l'ex-Yougoslavie. Une cinquantaine de cas de décès et de cancers ont été signalés dans des pays européens, mais sans pour autant que soit établi un lien de cause à effet. Le pays le plus touché est l'Italie avec 18 «cas suspects», dont huit décès selon le Ministère de la défense.

Le président russe Vladimir Poutine a jugé dimanche «absolument inadmissible l'emploi de la force en Yougoslavie, et en Europe en général, avec des armes à l'uranium appauvri ou non». Le chancelier allemand Gerhard Schröder a pour sa part souligné avant son départ pour l'Allemagne que «l'utilisation de telles armes, nocives pour la santé des soldats était inacceptable».

La réponse aux questions sur les effets de l'uranium appauvri sur la santé pourrait se trouver dans le désert irakien, près de la frontière avec le Koweït, théâtre en 1991 de l'opération «Tempête du désert», a rapporté dimanche The Observer en citant un expert britannique. Des échantillons d'air prélevés sur place il y a trois mois par cet expert spécialisé dans les radiations de basse intensité, le Dr Chris Busby, révèlent un niveau de radiation ionisée dans l'atmosphère vingt fois supérieur à celui constaté à Bagdad, a affirmé le journal. Du coup, l'association britannique des anciens combattants de la guerre du Golfe (1991) et de leurs familles a demandé dimanche au gouvernement de mener une enquête approfondie sur les effets de l'uranium appauvri sur la santé des soldats.

*«Hotline» 033/223.57.27.