HUG

Les urgences pédiatriques genevoises, épicentre de la colère syndicale

Au nom d’un service surchargé, le syndicat SSP a lancé des mesures de lutte qu’il dit «bien suivies» pour obtenir 20 postes supplémentaires

Le climat social se durcit aux urgences pédiatriques des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Après avoir dénoncé depuis plusieurs mois le manque de personnel dans ce service surchargé, le syndicat SSP a entamé un bras de fer avec la direction. Depuis le 1er mars, les soignants sont encouragés à «cesser la facturation des soins infirmiers et des médicaments» et à refuser «tout acte qui n’est pas en lien direct avec les soins aux enfants». Des mesures de lutte qui seraient «bien suivies». La direction se dit consciente du problème, mais mène une réflexion en parallèle avec un groupe de travail dont le SSP ne fait pas partie.

Les urgences pédiatriques, qui emploient 52 personnes, soit 39 équivalents plein-temps, font face à une hausse constante de la fréquentation, +25,3% en quatre ans. Une tendance aggravée durant l’hiver avec une recrudescence de grippes et autres maladies respiratoires et qui s’explique aussi par la diminution du nombre de médecins traitants. «Dans le même temps, le personnel a diminué de 15%, dénonce David Andenmatten, secrétaire syndical SSP. Le service fonctionne à flux tendu avec des intérimaires non spécialisés, ce qui entraîne une surcharge de travail pour le personnel et détériore la qualité des soins.» Le SSP réclame la création de 20 postes: huit infirmiers, six assistants en soins et santé communautaire et six aides-soignants.

A force de tirer sur la corde, elle finit par casser, déplore la jeune femme, ce n’est pas pour rien que le taux d’absentéisme atteint 12% dans ce service

Mélodie*, infirmière

«On a frôlé le drame à plusieurs reprises»

Pression constante, épuisement, travail à la chaîne: Mélodie*, infirmière depuis dix ans aux urgences pédiatriques, décrit des conditions de travail «difficilement supportables, physiquement et moralement». Elle ne compte plus les jours où «elle a vu des collègues finir leur service en pleurant», ceux où elle a travaillé «huit heures d’affilée sans boire un verre d’eau ni aller aux toilettes», ceux encore où «elle a pensé à quitter la profession». «A force de tirer sur la corde, elle finit par casser, déplore la jeune femme, ce n’est pas pour rien que le taux d’absentéisme atteint 12% dans ce service.»

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Selon elle, les conséquences de cette surcharge de travail sont particulièrement dommageables compte tenu du public en présence. «Les enfants ont des besoins très particuliers, les soins se font systématiquement à deux soignants et supposent des gestes très précis, souligne Mélodie. Actuellement, on est obligé de tout faire à la va-vite, ce qui crée une insatisfaction, une frustration mutuelle tant pour les soignants que pour les parents qu’il faut par ailleurs aussi gérer.» Le 14 février dernier, elle a manifesté avec une trentaine de collègues devant les HUG avec ce slogan: «On ne veut pas qu’un enfant meure en salle d’attente.» Aujourd’hui, elle tire à nouveau la sonnette d’alarme: «On a frôlé le drame à plusieurs reprises cet hiver. Le pire, c’est qu’on a peur de ne pas être soutenu si un problème survient.»

Discussions en cours

Des affirmations «totalement démesurées» pour la direction qui se dit toutefois consciente du problème et réaffirme la nécessité de renforcer les effectifs. «Il est faux de dire que la direction a refusé d’ouvrir des négociations sur les revendications des soignants», estime Nicolas de Saussure, porte-parole des HUG, qui rappelle qu’en décembre dernier, «18 postes en CDD ont été ouverts en pédiatrie, dont quatre aux urgences, pour faire face à la pression saisonnière».

Pour déterminer le nombre de postes nécessaire à long terme, la direction compte néanmoins suivre son propre agenda. «Des discussions sont en cours entre la direction et le comité de gestion de la pédiatrie composé notamment de représentants du personnel, souligne-t-il. Une décision devrait être prise mardi. Le SSP en a été informé lors de sa réunion de la semaine dernière avec la direction. Il est regrettable qu’il vienne aujourd’hui court-circuiter le processus.» Concernant les «mesures de lutte», il souligne que «certaines d’entre elles représentent un non-respect du cahier des charges et sont donc passibles de sanctions».

La «grève n’est pas exclue»

«Ces mesures vont au contraire dans l’intérêt de l’enfant, rétorque David Andenmatten, du SSP. Par essence, la facturation devrait être effectuée par le personnel administratif pour permettre aux infirmières de se concentrer sur leur travail de terrain.» Le syndicaliste précise qu’une «grève n’est pas exclue si la direction persiste à ignorer la détresse des employés».

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*Nom connu de la rédaction.

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