Des résidus d'hormones ont été décelés dans le bœuf américain importé en Suisse. Sept échantillons sur 26 se sont révélés positifs. On attend encore les résultats d'une septantaine d'autres analyses. L'Office vétérinaire fédéral (OVF) a rayé l'exportateur américain concerné de la liste des fournisseurs agréés en Suisse et a demandé aux autorités américaines de prendre des mesures.

Les contrôles de l'OVF ont été renforcés suite au conflit qui oppose depuis de longs mois l'Union européenne (UE) aux Etats-Unis (voir notamment Le Temps du 13 juillet). Les analyses européennes montrent que 12 à 20% des échantillons américains contiennent des hormones, interdites dans l'UE comme en Suisse. Il y a quinze jours, l'organisation agricole vaudoise Prométerre accusait les autorités fédérales de laxisme. «Le plus probable à nos yeux est que la Suisse ne tienne pas tellement à ce que des traces d'hormones soient détectées dans la viande importée des Etats-Unis», affirmait son communiqué.

De fait, les contrôles étaient rares jusqu'ici: dix en 1997, quinze en 1995. Mais les récents scandales liés à l'alimentation et la querelle UE/Etats-Unis ont amené l'OVF à analyser une centaine d'échantillons de bœuf américain. Les résultats concernant le premier quart montrent que deux échantillons contenaient des résidus de diéthystilboestrol (DES), une hormone interdite même aux Etats-Unis. Dans cinq cas, les prélèvements ont fait apparaître du mélengestol (MGA), autorisé aux Etats-Unis mais pas en Suisse.

«Cette viande ne correspond pas aux critères suisses»

La Suisse a importé 1129 tonnes de bœuf américain en 1998, soit près d'un tiers des importations totales d'aloyaux et de morceaux de haute qualité. Le DES peut être cancérigène s'il est administré à haute dose pendant une période prolongée. Les résidus des deux hormones décelées par l'OVF n'entraînent pas de risque pour la santé, mais «cette viande ne correspond pas aux critères imposés en Suisse», souligne Hans Wyss, porte-parole de l'OVF.

Peut-on dès lors en interdire simplement l'importation? Hans Wyss reconnaît que la question est «difficile». La mesure doit être proportionnelle aux risques, et dans le conflit Etats-Unis/UE, l'Organisation mondiale du commerce a tranché en faveur des Américains, même si elle vient de réduire leurs prétentions financières à propos des mesures commerciales de rétorsion suite à l'interdiction maintenue dans l'UE.

Quoi qu'il en soit, Hans Wyss rejette les accusations de Prométerre: «Nous avons intérêt à faire des analyses et à en communiquer le résultat. Je crois que c'est ensuite au marché, c'est-à-dire aux consommateurs et aux chaînes de distribution, de prendre leur décision en connaissance de cause.»

Ceci devrait être facilité dès le 1er janvier prochain par un étiquetage plus précis qui indiquera non seulement la provenance de la viande importée, mais aussi la méthode d'élevage. C'est d'ailleurs ce que demande Prométerre: «Nous savons que la Suisse ne fait pas le poids face aux Etats-Unis et qu'elle n'a aucune envie d'entrer en guerre commerciale avec ce puissant partenaire, dit son directeur Jacques Janin. Mais nous voulons au moins que le consommateur sache ce qu'il achète.»