Conflit social

Du bon usage du français à la police genevoise

Les syndicats appellent les policiers à ne plus parler d’autres langues que le français. Une mesure de protestation contre une directive sur leurs horaires qui ne leur convient pas

S’il est une chose dont les syndicats de police genevois ne manquent pas, c’est d’imagination. Après avoir déjà expérimenté la grève de la barbe et celle du pantalon, ils viennent de trouver une nouvelle variante pour protester contre une directive qui mettrait à mal leurs conditions de travail. Quoi? La «grève» des langues étrangères. Dès lundi, les policiers cesseront donc de parler d’autres langues que le français, eux habitués à parler l’anglais, nous dit-on. De plus, ils se rendront inatteignables en dehors des heures de travail et de piquet, et ils suspendront leur participation aux activités bénévoles.

Président de l’Union du personnel du corps de police (UPCP), Marc Baudat est très remonté: «Nous ne sommes pas payés pour parler une autre langue. Nous ferons donc appel à des traducteurs externes, en respectant l’ordre de service.» Rémunérés, bien entendu. S’il s’agit d’enregistrer une plainte ou de donner un renseignement, la chose peut se concevoir. Mais sur le théâtre d’opérations? «On le fera aussi, répond le syndicaliste. A moins qu’on arrive à se comprendre avec le langage des signes.»

La crainte du travail à la carte

Blague à part, qu’est-ce qui fâche donc à ce point les syndicats de police, y compris judiciaires? Une directive horaire, sur laquelle le Département de la sécurité planche depuis 2015, et pour laquelle état-major et syndicats ont travaillé en concertation. Pas suffisant, pour l’UPCP, qui réclame maintenant la négociation. Pourquoi? «Parce que cette directive stipule qu’en dehors de nos 29 jours de vacances, tous les autres sont des jours de travail potentiels», répond Marc Baudat. Ce qui paraît, à toute première vue, assez normal, pour une profession aux horaires par définition irréguliers. Mais au syndicat, on voit les choses autrement: «Ils peuvent nous mobiliser tous les jours sans interruption puis nous renvoyer à la maison avec un préavis de 24 heures», pronostique Marc Baudat.

Faux, rétorque le service de presse de la police, qui précise qu’en cas d’annulation de l’engagement, le préavis est de 72 heures et non de 24 heures. De plus, si un policier est engagé sur son jour de repos pour un événement récurrent, un préavis de 90 jours doit être respecté. Pour un événement occasionnel, le préavis est de 30 jours. «Il est mensonger de prétendre que cette directive favorise le travail dit «à la carte». Car chaque collaborateur de la police connaît son horaire à l’avance. Si aucun changement d’affectation n’intervient, tout collaborateur peut consulter son horaire, et ce plusieurs mois à l’avance», ajoute-t-il. Ce qui n’empêche pas le président de l’UPCP de demander le retrait de la directive et l’ouverture de négociations, faute de quoi les mesures préconisées seront mises en œuvre dès lundi prochain.

Entre dix et quinze millions d’heures supplémentaires

Cette directive, issue des exigences de la commission de contrôle de gestion, a le mérite de fixer les principes d’une logique horaires. Et elle devrait aider à diminuer les heures supplémentaires, pierre d’achoppement depuis des années. Car celles-ci coûtent entre dix et quinze millions de francs par an sans une claire explication à leur existence, a relevé la Cour des Comptes. Un manque de clarté peut-être dû à une gestion des ressources un peu improvisée jusqu’ici, un fait que la directive pourrait corriger. Devrait-elle ne pas donner satisfaction qu’elle pourrait passer à la trappe, étant à l’essai pendant une année. Et les syndicats auront leur mot à dire, puisqu’ils participeront, avec la commission du personnel, à l’évaluation de sa pertinence. Mais ceux-ci préfèrent condamner avant d’avoir essayé. En français dans le texte.

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