Dès le 15 juin, les Suisses devraient pouvoir se rendre en France, en Allemagne et en Autriche sans laissez-passer particulier. Cet assouplissement est possible «car les trois pays se trouvent dans des situations comparables sur le plan épidémiologique», a souligné le Conseil fédéral ce mercredi. Absente de l’équation, l’Italie demeure sous régime spécial «en raison des mesures de restriction en vigueur à l’intérieur même du pays». Séparés par la frontière, les couples non mariés devraient aussi pouvoir se réunir très prochainement – «potentiellement même d’ici à ce samedi». Ce dernier assouplissement concernerait cependant avant tout les concubins séparés aux frontières allemande et autrichienne.

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«Restez quand même en Suisse»

Allait-on pouvoir mettre le cap sur la Provence cet été pour oublier le semi-confinement des derniers mois? La question agitait nombre de Romands. Karin Keller-Sutter y a répondu: oui. «Si les conditions épidémiologiques le permettent, a cependant tempéré la Saint-Galloise. Mais je suis confiante. A condition de respecter les règles mises en place par chacun de ces pays – normes d’hygiène et distanciation sociale (1,5 mètre en Allemagne, 1 mètre en France et en Autriche) –, le tourisme pourra reprendre.» Les contours exacts de cette réouverture seront encore clarifiés lors d’une séance exécutive prévue le 27 mai. Fidèle à ce qu’elle avait préconisé fin avril, la conseillère fédérale a précisé que, malgré cette annonce au fort potentiel aspirant vers l’étranger, elle appelait la population à «rester au pays pour soutenir le tourisme ici».

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Cette première trouée dans les mesures sanitaires en vigueur aux douanes suisses pourrait n’être qu’un début. Cependant, la progression devrait se faire par étapes: «Nous aimerions bien ouvrir à nouveau tout l’espace Schengen, a souligné Karin Keller-Sutter. Mais ce n’est pas dans l’intérêt national des différents pays qui le composent pour le moment. Nous agissons donc en cascade. D’abord les Etats voisins, puis on verra.» Les liaisons ferroviaires avec ces derniers «doivent encore être coordonnées», a ajouté la ministre.

TGV Lyria annonçait ce mercredi la reprise des lignes au départ de Paris pour Bâle et Genève – cependant seules des «raisons impérieuses» continuent de justifier de les emprunter pour le moment. Questionnée sur l’accès aux destinations plus lointaines, comme les îles grecques, Karin Keller-Sutter a fait valoir que les politiques nationales n’étaient pas les seuls éléments nécessaires à la complétion du puzzle: «Il faudra encore que des avions s’y rendent.»

Un geste pour les amoureux

Alors que bars et restaurants ont rouvert, et que garçons et filles de tout âge y font la file deux par deux, les annonces du jour auront également donné de l’espoir aux concubins séparés depuis le début de la crise. A ce jour, «il est en effet impossible d’entrer en Suisse pour rendre visite à une personne avec laquelle on entretient une relation sans être marié ou en partenariat enregistré – ou avec laquelle on n’a pas d’enfants», explique Emmanuelle Jaquet Von Sury, porte-parole au Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). «Au début de la fermeture des frontières, le SEM a autorisé l’entrée en Suisse pour des considérations d’ordre humanitaire de personnes non mariées en relation avec un partenaire suisse ou avec un étranger titulaire d’une autorisation de séjour, poursuit-elle. Mais suite à ces quelques exceptions, nous avons reçu plusieurs milliers de demandes.»

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Face à l’avalanche, le SEM avait rapidement circonscrit les conditions d’entrée aux situations décrites ci-dessus ainsi qu’à certains cas d'«absolue nécessité»: décès d’un membre de la famille proche vivant en Suisse, poursuite d’un traitement médical, assistance à un membre de la famille malade, signature d’un contrat nécessitant la présence physique des parties ou encore soin impérieux à des animaux. Dès samedi, les concubins situés de part et d’autre des frontières suisse, autrichienne et allemande devraient toutefois pouvoir se plonger dans les bras: «Il est un peu plus exigeant de trouver une solution avec la France pour le moment, a indiqué Karin Keller-Sutter. Mais cela devrait également bientôt marcher.» Quant à savoir comment ces retrouvailles pourront être justifiées à la douane, la ministre a précisé que «des discussions étaient encore en cours pour définir des critères d’acceptation». Mais que «s’être rencontré sur Facebook quelques jours avant ne suffirait pas».

Cette largesse demeure en outre un graal inatteignable pour les habitants des autres nations. Employé d’une organisation internationale genevoise, Philippe ne sait ainsi toujours pas quand il pourra revoir sa compagne espagnole: «Nous devions emménager en Suisse le 16 mars, dit-il. Après la fermeture des frontières, j’ai fait une demande de permis de séjour pour concubins. Mais, pour le moment, je n’ai aucune nouvelle. Nous prenons notre mal en patience.»