Le ministre de la Santé, Alain Berset, et le président de la Conférence des directrices et directeurs de la santé (CDS), Lukas Engelberger, ont tenté de relativiser la tension entre eux en ce moment. D’un côté, un conseiller fédéral qui tape du poing sur la table pour dire qu’il faut vacciner plus vite, de l’autre, les cantons qui jurent qu’ils font de leur mieux. «Il est vrai que nous avons été surpris par l’arrivée du premier vaccin en décembre déjà», a concédé Lukas Engelberger au terme d’une visioconférence tenue ce jeudi 21 janvier.

La situation actuelle n’est pas satisfaisante, même si tous les pays d’Europe sont confrontés aux mêmes problèmes. La Suisse a reçu jusqu’ici 500 000 doses de vaccin des fabricants Pfizer et Moderna, mais les cantons n’en ont administré que 100 000, soit 20%. Parmi les mauvais élèves, de grands cantons comme Zurich, qui en est à un dérisoire 10%. Dans tout le pays, le malaise croît non seulement au sein de la population, mais aussi dans les milieux économiques: plus vite on vaccinera, plus vite on déconfinera, et plus vite l’économie pourra repartir.

La menace des nouvelles souches

Certes, il serait faux de paniquer. Sur le front épidémiologique, la situation s’améliore. Le nombre de nouvelles infections continue à baisser et le taux de positivité des tests a chuté à 8%. Quant au taux de reproduction du virus, il s’élève à 0,81, impliquant forcément un fléchissement de la courbe. «Cela signifie que la population s’est bien comportée durant les Fêtes, alors qu’on craignait une explosion des cas», s’est félicité Lukas Engelberger.

Mais l’irruption des variants britannique et sud-africain du virus continue d’inquiéter, d’où l’impérieuse nécessité d’accélérer la vaccination. Alain Berset a fixé le but à atteindre: chaque canton doit procéder à 525 vaccinations par jour pour 100 000 habitants en février, puis monter en puissance pour tripler ce chiffre en juin, cela grâce à l’homologation d’un troisième vaccin.

A lire aussi: Face à la lenteur de la vaccination, la Confédération hausse le ton

Ce serait un constat de faillite pour le système de santé suisse si des dizaines de milliers de doses du vaccin devaient s’accumuler dans les congélateurs alors que s’est engagée une course contre la montre entre la propagation des nouvelles souches et la campagne de vaccination. Selon les spécialistes de la task force scientifique, la Suisse affiche aujourd’hui la même courbe que celle relevée par les Anglais voilà huit à neuf semaines. «C’est une chance qu’il faut exploiter sans tarder. Nous avons deux mois devant nous pour protéger un maximum de personnes à risque dans l’espoir de maîtriser la probable troisième vague du virus, celle de la souche britannique», note le président de la Société vaudoise de médecine (SVM), Philippe Eggimann.

VD: les médecins prêts à vacciner

L’avertissement d’Alain Berset, qui a menacé de livrer moins de doses aux cantons en retard, a porté. Dans le canton de Vaud, les médecins sont enfin intégrés dans la campagne de vaccination. Quatre cabinets pilotes, qui ont déjà contacté leurs patients les plus à risque, lanceront la vaccination la semaine prochaine. Selon une enquête de la SVM, 86% de ses membres sont prêts à se vacciner personnellement et la moitié des cabinets est disposée à s’impliquer activement dans cette campagne. Il est prévu que les cabinets qui le peuvent s’organisent progressivement pour vacciner dix personnes en six heures, cela chaque semaine dès le début du mois de février. Cela permettra de décharger les centres du canton, dont les listes d’attente s’allongent.

Ce jeudi, Alain Berset et la CDS n’ont pas abordé le thème de la fermeture des écoles, mais la situation évolue dans certains cantons. Soleure et Zurich renforcent les mesures de précaution dans les établissements scolaires. Dans le canton de Vaud, 1400 étudiantes et étudiants des gymmases et écoles professionnelles ont lancé une pétition qui demande une mise en place des cours à distance, ou du moins une instauration des demi-classes. Ils reprochent au Conseil d’Etat «une inertie d’autant plus incompréhensible que le canton de Vaud se vante d’être prêt pour l’enseignement à distance».