La situation s’accélère sur le front de la vaccination contre le Covid-19. Alors que la quasi-totalité des cantons romands ont donné la priorité aux grands centres, repoussant la possibilité de se faire vacciner chez son médecin de famille au printemps, la donne pourrait changer. «Des premières vaccinations en cabinet devraient avoir lieu la semaine prochaine déjà dans le canton de Vaud, se réjouit Philippe Eggimann, président de la Société médicale de la Suisse romande (SMSR). Il s’agirait dans un premier temps d’essais pilotes avant une montée en puissance.» Le médecin vaudois précise que Neuchâtel suivra en février et que des discussions sont en cours à Fribourg, bloquant encore sur la question du logiciel de suivi.

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Depuis quelques jours, Philippe Eggimann constate «un revirement» des autorités: «De nombreuses discussions ont lieu. Il existe encore des obstacles, mais ils sont en train d’être levés.» Il ne cache pas sa satisfaction, car cela fait des semaines que les différentes sociétés de médecine font pression pour être davantage intégrées. «Les médecins sont prêts, plaide encore le président de la SMSR. Qu’on leur donne les moyens de faire ce qu’ils font depuis toujours, c’est-à-dire vacciner leurs patients. De plus, ils pourront mieux cibler les personnes à risque et convaincre les réticents.»

«Une course contre la montre»

Du côté de Neuchâtel, le conseiller d’Etat chargé de la Santé, Laurent Kurth, confirme que les médecins qui le souhaitent pourront commencer à vacciner dès la mi-février: «Il y a encore dix jours, nous envisagions de limiter aux cabinets de groupe qui ont la masse critique de patients, mais nous avons finalement décidé d’ouvrir cette possibilité aux cabinets privés.» Précisant que le canton inaugurera un centre de grande capacité le 3 février à Neuchâtel, le socialiste souligne que l’arrivée des nouveaux variants plus contagieux a modifié les stratégies: «Auparavant, l’objectif était de vacciner une majorité de la population d’ici au mois d’octobre, dorénavant c’est devenu une course contre la montre pour traiter le maximum de personnes vulnérables avant la troisième vague.»

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Mais, fédéralisme oblige, les politiques cantonales continuent de diverger. Ainsi à Genève, contacté, le Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé (SPES) confirme que pour l’heure le calendrier est maintenu, à savoir qu’il faudra attendre avril pour se faire vacciner chez son médecin. Pourquoi? «Les aspects logistiques, soit la manipulation, le transport, la distribution et la gestion des données en amont et en aval, sont très compliqués à gérer, il est préférable de les centraliser», explique Aglaé Tardin, la médecin cantonale, qui ajoute: «En plus des contraintes logistiques majeures, Genève compte quelque 4000 cabinets médicaux, il ne serait pas juste que certains soient livrés et d’autres non. Les médecins restent les référents pour les patients, ils les renseignent, mais ce ne sont pas eux qui administrent la dose pour l’instant.»

Le Valais en pionnier

Des arguments qui ne convainquent pas Philippe Eggimann pour qui le Valais a clairement démontré qu’il était possible logistiquement de fournir des doses à 200 cabinets éparpillés dans les différentes régions. Le canton a en effet fait cavalier seul en Suisse romande en donnant la priorité aux médecins de famille, l’ouverture de quatre centres étant programmée dans un second temps. «Cette stratégie permet une meilleure couverture du territoire valaisan et une plus grande vitesse de mise en œuvre, explique-t-on au Service de la santé publique (SSP). Les médecins en cabinet sont les plus à même de savoir si leurs patients font partie des groupes prioritaires ou non.»

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Reste que ces différences cantonales suscitent de plus en plus de critiques, notamment des milieux économiques. Mardi soir, Economiesuisse et l’Union patronale suisse demandaient à la Confédération et aux cantons «d’agir vite et de manière concertée», appelant à une campagne «à grande échelle». Face aux reproches de lenteur, Laurent Kurth, également président de la Conférence latine des affaires sanitaires et sociales (Class), tempère: «Il ne faut pas oublier que le 13 décembre encore, l’OFSP annonçait le début des vaccinations en Suisse pour la fin janvier. Aujourd’hui, les cantons ont tous commencé, prenant des chemins différents certes mais, au final, on arrivera tous au même point. Actuellement, on est en train de chronométrer les cinq premières minutes de ce qui sera un marathon.»

Collaboration: Sylvia Revello et Grégoire Baur