Echange de bons procédés: le canton de Saint-Gall est l'hôte d'honneur du Comptoir suisse, alors que Vaud, en octobre, tient la vedette de l'Olma à Saint-Gall. A première vue, la symétrie est parfaite. Une comparaison entre les deux foires d'automne montre toutefois que, contrairement au Comptoir qui lutte pour maintenir sa popularité, l'Olma bénéficie d'un rayonnement intact. Pour l'affluence, elle vient même en deuxième position de toutes les expositions suisses, derrière le Salon de l'auto.

Fondée en 1943 sous le nom de «Ostschweizerische Land- und Milchwirtschaftliche Ausstellung», l'Olma doit son succès à sa fidélité inébranlable aux thèmes liés à l'agriculture. Bon an, mal an, elle enregistre près de 400000 entrées payantes. Mais la foire ne se résume pas à la seule exposition de bétail et à la très populaire course de petits cochons. Elle a su s'ancrer dans la vie sociale de la région et devenir un rendez-vous incontournable largement porté par les autorités et la population.

Une question d'aura

Comme le Comptoir et la Foire des échantillons (Muba) à Bâle, l'Olma peut encore prétendre à la présence d'un membre du Conseil fédéral pour sa journée d'ouverture. La manifestation a lieu au théâtre de la ville, et elle est moins indigeste que l'enfilade de discours de la Journée officielle du Comptoir. On n'y chante pas l'hymne national, mais on assiste à un programme culturel. Témoin de l'aura de la manifestation, les anciens VIP qui n'ont plus droit à une invitation ont fondé un club «d'alumni» qui célèbre le même jour une «Ouverture inofficielle de l'Olma».

«L'Olma est restée fidèle à elle-même, l'agriculture et l'alimentation restent au centre de l'exposition. Mais nous avons aussi amélioré notre concept en permanence, les gens ne continueraient pas à venir si nombreux seulement pour les produits», explique Katrin Meyerhans, la responsable des foires généralistes sur le site saint-gallois.

Le Comptoir suisse, qui depuis 2007 se montre beaucoup plus strict dans le comptage des entrées, n'a pas forcément perdu autant de visiteurs que les chiffres le laissent apparaître. Mais son éclat a souffert. Longtemps incarnation du radicalisme vaudois ambiant, il est depuis une dizaine d'années en mutation. La suppression du concours de dégustation des vins Jean-Louis accroît encore le sentiment d'une manifestation qui a perdu ses racines campagnardes et n'en finit pas de se chercher.

Jean-Pierre Chapuis, porte-parole du Comptoir suisse, parle d'un exercice délicat: «Les gens veulent la tradition, mais ils attendent plus quand même de leur visite. Nous misons pour cela sur des animations exclusives.»

Urbanisation lémanique

Denis Décosterd, qui à la fin des années 1990 a travaillé pour la Région lausannoise à la restructuration de la société exploitante de Beaulieu, parle d'évolutions différentes. «En Suisse orientale, l'image de l'Olma est restée en adéquation avec celle de la région. Le bassin lémanique s'est fortement urbanisé, l'ancrage agricole du Comptoir s'est retrouvé en décalage avec ce développement. Sur le plan économique, le Comptoir est devenu moins incontournable, cela se reflète aussi dans la participation à la journée officielle. A Saint-Gall, l'Olma est restée une fête bien assumée.»

L'Olma est en tous les cas une fête visible dans toute la ville. Plus de 25000 personnes assistent chaque année au traditionnel cortège à travers les rues de la capitale le premier samedi de la foire. Les hôtes d'honneur sont au cœur de la fête. Les Vaudois savent l'importance de ce défi. Un train spécial partant aux petites heures de Morges emmènera 1300 personnes. Le Conseil d'Etat in corpore sera également de la partie.

Le canton investit 1 million de francs pour marquer sa présence à Saint-Gall, avec notamment un programme culturel ambitieux qui déborde les stands de l'Olma. La conseillère d'Etat Anne-Catherine Lyon était jeudi à Saint-Gall pour en présenter les points forts, qui, outre une semaine vaudoise de la culture à fin septembre, comportent une exposition commune consacrée à l'art brut et un concert de l'Orchestre de chambre de Lausanne en décembre. «Nous voulons être à la hauteur de l'honneur qui nous est fait. Cette invitation tombe bien. Le canton de Vaud a retrouvé une crédibilité sur la scène fédérale après être enfin sorti d'années de déficits publics. Il faut mettre la même énergie pour permettre au canton de rayonner à nouveau, de prendre sa place, mais sans arrogance», explique Anne-Catherine Lyon.

Les Saint-Gallois sont ravis de cet engouement vaudois pour leur foire. Avec un budget bien plus réduit, ils vont se présenter sans fausse modestie sous le slogan de «Cantonal et global - Saint-Gall le fait». Ils ne cachent pas toutefois une légère inquiétude protocolaire. Le canton envoie une délégation de 60 personnalités à la journée officielle saint-galloise du Comptoir, le samedi 20 septembre, comptant notamment quatre conseillers d'Etat. A Lausanne, la délégation officielle du gouvernement vaudois comporte seulement le conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud, le chancelier Vincent Grandjean et le président du Grand Conseil. D'autres notables du canton seront bien entendu de la partie. «C'est une cellule d'accueil plus restreinte, mais c'est une délégation importante», dit Vincent Grandjean.

Le Conseil d'Etat saint-gallois, qui en principe assiste au grand complet aussi bien à la journée d'inauguration de l'Olma qu'à la journée officielle du canton invité, n'a pas saisi la nuance.