C’est la saga de l’été. La démonstration de combat de reines de la race d’Hérens prévue par la Ville de Genève sur la plaine de Plainpalais le 1er août pourra-t-elle avoir lieu? Tout indique que le recours déposé par la Ligue suisse contre la vivisection (LSCV) devant la Chambre administrative de la Cour de justice n’aboutira pas. Et que les vaches seront autorisées à s’affronter, pour autant qu’elles en aient envie…

L’affaire remonte au 19 juin dernier, date à laquelle le maire de Genève, Rémy Pagani, annonçait qu’une douzaine de vaches seraient présentes à Genève pour la fête nationale et qu’un combat de reines serait organisé sur la plaine de Plainpalais. Très vite, le sang de la LSCV ne fait qu’un tour: l’association écrit au maire pour lui rappeler que la loi sur la protection des animaux «interdit d’organiser des combats entre animaux ou avec des animaux au cours desquels ceux-ci seraient maltraités ou mis à mort».

Stupéfaction pour Rémy Pagani. Il n’avait pas vu venir l’estocade et décide de se renseigner sur la validité de ces arguments. Le 14 juillet, la Direction générale de la santé – dont dépendent les services vétérinaires cantonaux – confirme que tous les contrôles sanitaires ont été effectués, que les exigences sont remplies et que la manifestation est bien autorisée.

La LSCV ne s’arrête pas là. Le 17 juillet, elle adresse un recours à la Chambre administrative de la Cour de justice, par l’entremise de son avocat, Mauro Poggia. Un recours dont Le Temps a obtenu copie.

«En marge de la légalité»

Selon l’argumentaire de Maître Poggia, les combats de reines ont été maintenus en Valais «en marge de la légalité pour des raisons culturelles», Genève n’a aucun lien avec cette tradition, cette manifestation n’a aucun rapport avec l’activité naturelle des animaux et l’organisation de combats sur un terrain inadapté, «tel que le ghorr qui recouvre la plaine de Plainpalais», pourrait blesser les animaux. Il estime encore que le voyage des vaches du Valais à Genève est de nature à les stresser.

L’avocat demande aussi à la cour de s’assurer que l’Office vétérinaire fédéral (OVF) – qui a la qualité pour recourir en la matière alors que celle des associations est discutable – a bien été informé de la décision du canton. Il demande enfin que le recours conserve son effet suspensif.

Contactée mercredi, la cour confirme que le recours est doté par défaut d’un effet suspensif. Elle ne peut pas dire quand elle se prononcera sur le fond mais informe qu’elle tranchera sur le maintien ou non de l’effet suspensif avant le 1er août. A priori, le suspense reste total…

A priori seulement, puisque l’OVF, contacté lui aussi, confirme avoir été informé par le canton et estime ne pas avoir à se prononcer sur l’organisation de la manifestation. Il affirme ne pas être opposé aux combats de reines qui, selon lui, ne sont pas concernés par l’interdiction des combats d’animaux puisque les vaches n’y sont ni maltraitées ni contraintes.

Un blanc-seing qui change tout: «Je vois mal la Chambre administrative s’ériger en champion de la cause animale contre l’avis de l’OVF, reconnaît Mauro Poggia. Je suis assez pessimiste sur l’issue de notre recours.»

Un pessimisme qui tranche avec le sentiment de Rémy Pagani: «Les juristes que nous avons consultés sont optimistes. Je suis donc confiant, mais prudent.» Et le maire de rappeler qu’il a invité la LSCV à «poursuivre ce débat démocratique sur la plaine de Plainpalais». Laquelle sera, pour ce qui est de l’arène, recouverte de sable ou de paille pour les combats, en accord avec les éleveurs.

Et si les combats devaient néanmoins être interdits? «Je pense que ce serait un affront pour les Valaisans, répond Rémy Pagani. Mais les vaches viendraient quand même pour faire un tour d’honneur.»

Le 1er août au matin, le maire se rendra lui-même en Valais, «pour m’assurer que tout se passe bien».