«Un épuisement émotionnel qui débouche sur un blocage physique et mental complet, un des symptômes de la dépression.» Telle est la définition du burn-out donnée vendredi par Felix Gutzwiller, médecin, conseiller national zurichois et vice-président du groupe radical aux Chambres fédérales. C'est ce mal sournois qui oblige Rolf Schweiger à abandonner avec effet immédiat la présidence du Parti radical-démocratique (PRD), un peu plus de six mois après avoir entrepris de redresser le grand vieux parti. Pris au dépourvu malgré les rumeurs récentes, le PRD veut se donner du temps pour choisir le bon successeur – une quatrième personne en moins de trois ans à ce poste surexposé, après Gerold Bührer, Christiane Langenberger et Rolf Schweiger. Le médecin zurichois cité plus haut pourrait avoir le profil idéal pour soigner un parti pas encore remis de son hémorragie électorale.

Dans les travées du pouvoir, à Berne, on s'étonnait depuis quelque temps des absences de Rolf Schweiger. Le conseiller aux Etats zougois subissait-il le contrecoup de l'âpre dispute avec l'UDC autour des naturalisations facilitées et de l'économie, ou de la controverse créée par le coup de gueule anti-Blocher de Pascal Couchepin? Peut-être, mais c'est d'abord la maladie qui a rattrapé le sénateur radical: «Un syndrome de burn-out prenant de plus en plus d'acuité depuis quelques semaines – la même maladie qui m'avait déjà contraint à une pause prolongée voici une bonne dizaine d'années», explique Rolf Schweiger dans un communiqué diffusé vendredi. Avec une candeur qui l'honore, le désormais ex-président du PRD reconnaît que l'épuisement qui en découle l'empêche d'assumer ses responsabilités plus avant. Rolf Schweiger abandonne donc une restructuration dans laquelle il avait mis beaucoup de lui-même (lire ci-dessous). Pour l'heure, il conserve son poste à la Chambre des cantons, mais sa guérison, qui passe par un repos complet, risque fort de l'éloigner de la scène politique jusqu'à l'année prochaine – il manquerait donc la session d'hiver. Felix Gutzwiller a précisé qu'en le nommant, la direction du parti connaissait ses antécédents, mais que lui-même pensait être totalement guéri.

Vice-présidente du PRD, la conseillère nationale appenzelloise Marianne Kleiner a dit les profonds regrets du parti de voir s'en aller «un président extraordinaire» qui a, en peu de temps, «réformé les structures du parti, ramené le calme et uni la base derrière lui».

Reste que cette démission pose la question du profil de son successeur. Le présidium du PRD se demandera si le cumul de parlementaire, de citoyen engagé dans la vie professionnelle et de président de parti est possible, alors que la pression sur cette fonction est maximale, surtout en temps de crise. «Une question charnière», concède un membre de la direction du parti. Lundi matin, celle-ci se réunira pour fixer les modalités de la succession, qui pourrait passer par la nomination d'une commission ad hoc. Elle ne s'attache à aucun délai pour trouver la bonne personne – l'assemblée des délégués, le 15 janvier prochain, tombe un peu tôt pour adouber le nouvel élu, avance Marianne Kleiner, qui assumera l'intérim.

L'Appenzelloise fait-elle partie des papables? L'épisode Christiane Langenberger, dont elle est un clone suisse oriental, semble l'écarter. Ira-t-on chercher au-delà du cercle parlementaire, comme une source proche de la direction le laisse entendre? Sans doute pas. Ou parmi les nouveaux parlementaires, où circulent les noms de Kurt Fluri (SO), Christa Markwalder (BE) ou Didier Burkhalter (NE)? Le premier est jugé trop à gauche, et les deux autres, grands espoirs du parti, ne voudront sans doute pas griller leurs chances dans un poste chausse-trappe.

«Le/la futur(e) président(e) doit être alémanique, parce que c'est outre-Sarine que le combat autour des grands enjeux est le plus déterminant, il ou elle doit être capable de discuter avec l'économie, et posséder un caractère rassembleur», juge le conseiller national vaudois Charles Favre, membre de la garde rapprochée de Rolf Schweiger. Pour lui, comme pour d'autres membres influents du PRD, Felix Gutzwiller, le Tessinois Fulvio Pelli (chef du groupe parlementaire) et Ruedi Noser (ZH), autre vice-président, très engagé dans le renouveau du parti, sont les favoris. Le premier a pour lui le bon âge, une grande présence médiatique, un bilinguisme parfait (il a été membre du conseil municipal de Belmont-sur-Lausanne), et une grande connaissance des dossiers des assurances sociales et de la santé. Une monomanie qui pourrait aussi le desservir. Mais, comme Fulvio Pelli, autre favori (jugé trop à gauche par certains), il y regardera à deux fois avant de se lancer dans une aventure qui pourrait compromettre ses chances au Conseil fédéral, puisque, loin d'être le tremplin qu'elle fut (Adolf Ogi, Flavio Cotti), la présidence d'un parti est désormais un handicap. Et Ruedi Noser a le désavantage de passer pour un feu follet et de mal connaître les sensibilités des minorités romandes et tessinoises.