«Le Temps» recueille les impressions de nouveaux élus durant leur première semaine de session

parlementaire Cesla Amarelle 38 ansParti socialiste/VD « Attendez, ça vibre!» Cesla Amarelle, un bipeur à la main lui indiquant l’imminence d’un vote, court dans la salle du National. Elle en ressort dix minutes plus tard, captivée par le débat sur les lois anticonstitutionnelles. «Je suis contente: le National a décidé que les lois fédérales ne respectant pas la Constitution ne devraient plus être appliquées. Mais le résultat était très serré. On voit vraiment que chaque voix compte! C’est plutôt plaisant de constater l’influence directe que l’on peut avoir sur un débat important.»

Présidente du PS vaudois, professeur de droit à l’Université de Neuchâtel, cette spécialiste des questions de migration qui siégera au sein de la Commission des institutions politiques ne cache pas que l’envie de poser des questions la démangeait. «Mais intervenir si vite aurait été un faux pas. Je vais essayer de rester tranquille au moins jusqu’au 14 décembre. Je suis finalement en phase d’apprentissage…» Reste qu’elle se sent déjà bien sous la Coupole. «Ce qui n’est pas le cas d’autres nouveaux élus, trop timides», dit-elle. «Mais tout va très vite. Il faut tout de suite aller au contact des autres, chercher des solutions. Je suis aussi frappée par l’extrême codification des choses, qui laisse peu de place à la spontanéité. Et aussi par le bruit qui règne dans la salle… Ah oui: j’ai également été frappée par la différence entre l’expressivité des Alémaniques et des Latins. Les Alémaniques ne bronchent pas quand un orateur tient des propos qui leur déplaisent. Les Latins, si! Mais timidement.»

Uruguayenne d’origine, Cesla Amarelle a l’âme d’une combattante qui n’a pas la langue dans sa poche. Au Grand Conseil vaudois, elle a su gagner le respect de la droite. Et s’est notamment fait un nom en prenant la tête de la révolte vaudoise contre l e renvoi de 523 Kosovars . C’était en 2004. Fille de scientifiques militants socialistes, son prénom est marqué au fer rouge: Cesla signifie ni plus ni moins «Communauté des Etats socialistes latino-américains». Naturalisée à l’âge de seize ans, elle est bien Vaudoise, Yverdonnoise même. Contrairement à ce qu’avait indiqué le Parlement sur son site lundi. «On m’a fait passer pour une Neuchâteloise! J’ai tout de suite fait rectifier.» Son mari et sa fille aînée de quatre ans sont venus à Berne pour l’assermentation. «Mais ma fille a été impressionnée en voyant le palais. Elle a préféré aller voir les ours.» Cesla Amarelle, qui dans un gros éclat de rire révèle qu’elle a le siège n° 69, a aussi très rapidement dû se mettre à l’allemand. «Je suis un peu paresseuse en langues. Je le comprends bien, mais le pratiquer, c’est différent. J’ai pourtant dû m’y mettre très vite, ne serait-ce que pour communiquer avec mon voisin de bureau, Max Chopard-Acklin».