Grisons

Le Val Bregaglia coupé du monde

Comme le redoutaient les autorités grisonnes, les fortes pluies ont provoqué de nouvelles coulées de boue

Une semaine après l’éboulement spectaculaire sur le Piz Cengalo le 23 août dernier, une nouvelle chute de pierres suivie de coulées de boue a de nouveau frappé le village de Bondo entre jeudi soir et vendredi. La coulée torrentielle a gagné du terrain, dans la vallée.

Une dizaine d’habitants ont dû évacuer la commune de Spino, quelques kilomètres plus loin. Il a fallu recourir à un hélicoptère pour dégager deux personnes bloquées dans leur maison. Des habitations ont été endommagées à Bondo et dans d’autres villages alentour, mais les nouvelles coulées n’ont fait aucun blessé.

A Bondo, les travaux de déblayage en cours ont dû être interrompus. La première coulée de boue qui s’était échappée de la montagne – quelque 200 000 mètres cubes de roche et de boue, soit l’équivalent de 200 maisons familiales – avait rempli le bassin de rétention construit pour protéger les zones d’habitation.

Depuis une semaine, spécialistes de l’armée, civilistes ou employés cantonaux s’évertuent à libérer le village de ces amas de roche. Tout est à refaire. «C’est un travail de Sisyphe. Mais nous devons à tout prix recommencer à déblayer cette zone de protection, dès que le temps le permettra. Pour Bondo, c’est vital», souligne Christian Gartmann, porte-parole de Bregaglia, qui regroupe sept communes dont Bondo.

Routes bloquées

La pluie ajoute aux difficultés. En raison de fortes intempéries et des coulées de boue survenues entre jeudi et vendredi, deux rivières sont sorties de leur lit, recouvrant partiellement les routes de boue et de cailloux. Vendredi, le Val Bregaglia était plus isolé que jamais: toutes les voies d’accès, internes et externes, étaient bloquées.

Les autorités espéraient pouvoir rouvrir vendredi soir le passage au niveau de l’axe principal qui relie l’Engadine à l’Italie. Quant à la route qui relie Promontogno à Vicosoprano, elle devrait rester impraticable durant plusieurs jours.

Voilà plus d’une semaine que la commune vit dans la crainte de voir la montagne s’écrouler à nouveau. Sur les 5 millions de mètres cubes de roche instable, 3 millions se sont détachés de la paroi le 23 août, dans un éboulement qualifié par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) comme «l’un des plus importants que la Suisse a connus ces cent dernières années».

Huit randonneurs ont disparu, emportés par la catastrophe. Il restait jeudi 2 millions de mètres cubes de roche instable sur le Piz Cengalo. Sur cette masse, les spécialistes estiment que 500 000 à 1 million de mètres cubes de paroi représentent un «danger imminent», soit une masse prête à tomber à tout moment.

Les travaux de déblaiement pourraient durer des mois

Depuis dix jours, une équipe de spécialistes surveille la montagne à l’aide de lasers et de radars destinés à capter les mouvements et prédire de nouvelles chutes. Vendredi, en raison du temps couvert, ils ont dû interrompre leur travail de mesure et n’avaient pas encore pu évaluer l’ampleur de la nouvelle chute de pierres et des coulées de boue qui ont suivi.

Les habitants des zones sinistrées ignorent encore quand ils pourront retourner dans leur village. Entre le risque de nouveaux éboulements et les coulées torrentielles, favorisées par les intempéries, les travaux de déblaiement pourraient durer plusieurs semaines, voire des mois.

La plupart des quelque 130 personnes évacuées ont trouvé refuge chez des parents ou des amis. Quelques-unes sont logées dans des abris de la protection civile et quatre personnes âgées ont été admises à l’hôpital de la vallée.

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